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« Je danse donc je suis » dira BB

brigitee bardot

BRIGITTE BARDOT (1934-2025) – ELLE savait : « ANNONCER LA COULEUR ».

Sommairement, quelle traversée a été la sienne ?

Issue d’une grande famille bourgeoise catholique du 16e arrondissement de Paris, cette artiste contrariée a subi une éducation pour le moins rude, sévère et violente ; fouettée par son père à la cravache lors de ses 18 ans. La sauvagerie de son enfance ne l’a jamais quittée.
Ses parents lui imposaient des règles de vie incontestables. Jusqu’à l’âge de 15 ans, elle ne pouvait sortir seule dans la rue. Les interdits étaient radicaux. Sa réaction à cette éducation s’est manifestée par une envie de se libérer de cette emprise bourgeoise avec détermination. Hormis les carences affectives, son père incarnait une autorité symbolique jugeante et punitive.

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Des parents qui imposent une croyance, insistait Françoise Dolto, exigeant l’adhésion ou humiliant l’enfant lorsqu’il doute, deviennent une figure persécutrice. Sachant que les étapes majeures de l’enfance se construisent les six premières années dans la conquête de son autonomie, comment Brigitte Bardot a-t-elle intégré ses identifications ? L’enfant pour arriver à l’adolescence puis à l’âge adulte traversera des passages intenses et critiques. Non, l’enfance n’est pas un long fleuve tranquille !

Brigitte Bardot n’a-t-elle pas été déjà blessée dans son psychisme par un début de vie traumatique ?

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Les Bardot étaient par ailleurs des gens originaux. Ils avaient une vie beaucoup plus libre que la norme. Ils organisaient des dîners où il fallait arriver déguisé. Un père excentrique, poète à ses heures, une mère qui avait du charme et de l’allure, si différente des autres dames de l’époque. Ce couple représentait une liberté rare, comme s’il ouvrait la porte d’un nouveau monde à la sortie de la deuxième guerre mondiale. Ils ont élevé leurs deux filles comme il « Faut » disait-on alors, sans qu’apparaisse aucune faille ; l’image du faire semblant était dans l’ordre familial.
Brigitte se posait cette question récurrente : « Comment font-ils pour nous laisser partir pour notre vie ? ». Elle les aima à la vie à la mort, tout en les détestant.

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Comment devenir soi-même dans un tel contexte surmoïque ? En revanche, son milieu privilégié lui donna une belle assurance et un capital culturel qui vont lui permettre de s’affirmer voire de s’affranchir. Sa grande beauté, internationalement reconnue, complètera le tableau de ses atouts. 

D’abord ses parents désiraient un garçon et non pas une fille, née avec un œil à l’acuité visuelle déficiente (l’amblyopie), portant toute petite un appareil dentaire, elle se trouvait laide, complexée. Sachant qu’ils préféraient ensuite sa sœur venue 4 ans après elle, elle se sentait rejetée. A ses 7 ans, toutes deux jouaient à des jeux interdits, soit se cacher sous la table, quand un vase de Chine  de toute beauté glissa jusqu’au sol pour finir en miettes. Sa mère, rage de colère, exigea d’elles le vouvoiement en les traitant comme des étrangères : « Ici vous n’êtes plus chez vous ! ».

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Brigitte y a cru, l’abandon ressenti profondément la terrorisa.

C’est la première fois qu’un sentiment de solitude, d’abandon, de désespoir, une envie de mourir, s’empara d’elle. Elle les jugea sans indulgence en perpétuels conflits avec eux. Brigitte Bardot n’a jamais pu tutoyer sa mère quand celle-ci, devenue veuve l’y autorisa. 

Un déficit narcissique bien installé sera relevé par le regard des hommes forts, admiratifs de sa beauté. Ils l’ont sublimée et ce regard a été aussi important pour elle, comme s’ils l’avaient réparée dans une certaine mesure.

Son père, d’une très forte personnalité, possessif, violent et menaçant ; c’est ce qu’elle a en fait recherché ensuite auprès des hommes, dans ses liens amoureux. Le système de la célébrité a continué les ravages. Voulait-elle vraiment la célébrité ou plutôt réussir à être elle-même ?

Rebelle, cash, sans nuance, elle parlait avec ses tripes, disait-on pour marquer ses désaccords.

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Dans son dernier film : « Colinot Trousse-chemise », elle met fermement un terme à sa carrière, se sentant prisonnière de cette vie de star : « Je veux vivre » lançait-t-elle en 1973 après 38 ans de carrière : 51 films et plus de 70 chansons.

Emblème de l’émancipation des femmes et de la liberté sexuelle, elle incarna des rôles de femme libérée, anticonformiste et parfois fatale.

La Danse classique, son premier grand talent de petite fille, qui a façonné son corps vers l’élégance et la grâce, reflète une personnalité forte, résolue, passionnée. Dans de nombreux films, nous en avons les effets lumineux. Par exemple, dans la scène de mambo devenue mythique et électrique de « Et Dieu créa la femme » en 1956, scène qui fera scandale à l’époque, à la fois choquante et fascinante, le public horrifié par tant de sensualité érotique. Avec sa manière propre de bouger, pieds nus, spontanément, loin des codes stricts de la danse classique, Bardot a contribué à transformer la représentation du corps féminin au cinéma et à faire de la danse un symbole de liberté.

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Identifiée à cette chèvre, elle-même tenue en laisse par la célébrité et offerte en méchoui cannibalique, dévouée à son public, traquée comme une bête par les chasseurs photographes et journalistes, elle s’est sans doute sentie mise à mort par la meute médiatique. En donnant tout, elle reprend tout et se « sauve » de cette énième maltraitance en déployant toute son énergie et son savoir être auprès des animaux recherchant ainsi l’amour tant attendu.

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Ce sera le combat de sa vie en sauvant d’abord les animaux de la SPA, puis en créant un lieu où aucun animal ne sera tué, libres eux aussi dans un véritable paradis. Enfin la Madrague, en bord de mer, à quelques distances de Saint-Tropez, devenu son dernier refuge naturel, encore et toujours entourée de ses compagnons à quatre pattes.

En vendant aux enchères toutes ses affaires personnelles, elle fonde en 1986 sa propre organisation : « La fondation Bardot » dite FBB. Ses batailles contre la souffrance animale de toute sorte ne s’épuisent pas. Pour sa disparition à 91 ans les statistiques annoncent : 

12 000 animaux ont été dans l’Arche de BB, des refuges créés dans 70 pays, 300 salariés, 40 000 donateurs et des centaines de bénévoles. 

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Renonçant aux feux de la rampe et au monde artistique pour mettre sa notoriété et toutes ses convictions au service des animaux, elle a lancé sa résilience à travers la cause de ceux-ci qui supplée à la cause des enfants non écoutés, non compris, non désirés, par conséquent non respectés.

« Je danse donc je suis », révèle son désir manifestement lui aussi trahi, Brigitte Bardot projettera bon gré, malgré, dans son devenir d’étoile libre, l’incarnation d’un mythe, d’une icône au service des animaux pour leur donner Sa Parole, celle non entendue par les siens comme un cri d’alarme à ce monde animalier dépourvu de paroles d’où nous venons tous, ne l’oublions pas !  

 

Chantal CAZZADORI
Psychanalyste à Amiens

Mes sources et références :
Les vidéos Bardot, Confidentiel – Full, documentaire HD 1080p

Un documentaire, Brigitte Bardot, itinéraire d’une icône sulfureuse, un document BFMTV signé
Yves Couant, Simon Terrassier, Louis Comiti et Jérémy Muller.

Une Série télévisée française écrite et réalisée par Danièle et Christopher Thompson, et diffusée en France en mai 2023 sur France 2 et au Québec à partir du 4 janvier 2024 sur ARTV. Série rediffusée le mardi 30 décembre et mercredi 31 décembre sur France 5, en hommage.
Un Film documentaire sur Wikipédia, et en salles : « Bardot » documentaire d’Alain Berliner, Elora Thevenet, sorti le 3 décembre 2025.