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SYMPTÔME ET SINTHOME

chantal cazzadori symptôme et sinthome

Qu’est-ce qu’un symptôme en psychanalyse ?

Quand les manifestations corporelles, des comportements ou des pensées causent de la souffrance dont le sens nous échappe, ces signes cliniques sont appelés symptômes.

Ils représentent l’expression d’un mal ancien qui n’a pu s’exprimer en mots ou gestes, c’est-à-dire en signifiés exacts.

Ils agissent comme une forme de compromis entre un désir refoulé et les défenses du sujet.

Comme ce mal ancien dit symptôme n’a pas de signifiés exacts, sa forme et son exprimé ne suffisent pas à comprendre ni à interpréter la souffrance. C’est pourquoi la psychologie positive, les TCC, la méthode Coué, ne sont pas tenables à long terme, en ce qu’elles ne s’occupent que de la forme du symptôme.

Il s’agira alors d’approfondir sa propre sensibilité, sa proximité avec son inconscient, pour déchiffrer, en réfléchissant sur ce que ces manifestations obscures inspirent.

Pour FREUD, le symptôme est indice et substitut d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu, donc un succès du processus de refoulement. Par processus de refoulement, il faut entendre que le plaisir de satisfaction est transformé en déplaisir, et le déplaisir est le résultat d’une satisfaction pulsionnelle.

Dans Introduction à la psychanalyse, Freud compare le symptôme à la structure du rêve. Selon lui, le symptôme est un désir réalisé :

« symptôme qui reproduit d’une manière ou d’une autre cette satisfaction de la première enfance, satisfaction déformée par la censure qui naît du conflit. »

LACAN reprend la thèse freudienne et dit que, comme le langage, il est analysable. Le symptôme est « structuré » par le processus métaphorique du langage ; il est une formation de l’inconscient comme le rêve, le mot d’esprit et le lapsus. Pourtant, le symptôme est une souffrance qui, d’une certaine manière, satisfait.

FREUD va rapidement repérer qu’il est une manifestation substitutive répondant à un défaut de « jouissance ». Il y a dans le symptôme quelque chose de noué, qui rend difficile le traitement, car le sujet, quoiqu’il en dise, y tient en tant que modalité existentielle d’un conflit qu’il s’agira de comprendre. C’est ce paradoxe, cette aporie que représente le symptôme.

LACAN, dans Lituraterre, revient sur le symptôme métaphore et y adjoint la notion de « symptôme-jouissance ».

Selon l’idée de FREUD, le symptôme est tout d’abord une « formation de compromis » puisque cette formation particulière satisfait à la fois, en un même compromis, le désir inconscient et les défenses contre ce désir.

Ces deux forces séparées, le désir et son refoulement, se réconcilient dans le symptôme, c’est pourquoi celui-ci résiste si bien, maintenu des deux côtés.

Nicolas KOREICHO terminera son article sur ce sujet : la vie – le désir – le corps via le symptôme :

« Un corps en souffrance, c’est comme une lettre en souffrance. Il n’est pas perdu, il est en attente, délaissé. Il s’agit de le retrouver, et, pour cela, de le reconsidérer, avec ce qu’il a vécu, souffert. Réveiller son endroit à l’existence, à la projection vers le lendemain, à s’imposer (phallus). » (1)

HÔTEL-MUSÉE HUSSEREN COLLECTIONS

LE SINTHOME

On doit à Freud d’avoir tiré le symptôme de sa conception purement médicale pour l’élever à sa conception psychique en inventant ce concept inédit de l’inconscient, mais aussi de sa longue pratique.

Il s’est rendu compte de l’impossible éradication du symptôme, ce qui l’a amené à poser au cœur de la psyché humaine cette impensable pulsion de mort.

On doit à Lacan, en revanche, une relecture serrée des élaborations freudiennes à la lumière de la structure langagière qui l’a amené à ce qu’on pourrait appeler une réhabilitation du symptôme.

En effet, tout au long de son enseignement, il a fini par lui donner une fonction cruciale de nomination et de nouage qu’il a marquée par une nouvelle écriture reprise de l’ancien français : le sinthome.

Maintenant, il s’agit plutôt de réduire le sens du symptôme pour le patient. La fin d’une analyse consiste pour un sujet à s’identifier au sinthome que seront devenus tous les symptômes qui l’ont amené à venir s’adresser à un psychanalyste.

Cheminement psychanalytique radicalement opposé aux différentes thérapies qui fleurissent aujourd’hui. Des thérapies comportementales et cognitivistes, à la sophrologie, et autres méthodes qui s’appuient sur la suggestion, sans oublier l’EMDR qui n’est qu’un retour à la méthode cathartique de Breuer, avec qui a travaillé Freud un certain temps mais dont il s’est émancipé justement pour inventer la psychanalyse. (2)

Dans son Séminaire XXIII (Le Sinthome), Jacques Lacan le définit comme le noyau irréductible du sujet, ce reste hors-sens. Il ne s’agit plus de l’éliminer, mais d’apprendre à vivre avec, à le nouer pour éviter l’effondrement psychique.

 

L’ART COMME SUPPLÉANCE ET NOUAGE

Par son savoir-faire, l’artiste est quelqu’un qui sait utiliser son art comme un artifice, une béquille ou une suppléance. Le cas James Joyce, l’écrivain, est pris par Lacan comme paradigme.

Joyce a fait de son écriture son style, sa manipulation de la langue le nœud même qui retient sa structure, transformant son art en une véritable synthèse qui supplée à un défaut du Nom-du-Père.

L’œuvre d’art est un point culminant du sinthome, lorsqu’il est poussé à son plus haut degré de réalisation par un sujet qui le fait aboutir à ce qu’il y a de plus remarquable : une œuvre d’ART.

CRÉATION ET JOUISSANCE

En psychanalyse lacanienne, l’art et le sinthome se rejoignent : l’acte de création artistique est vu comme un « savoir y faire » avec sa jouissance et son symptôme, capable de tenir le sujet debout.

Ici, on ne déchiffrera pas la jouissance en passant par les failles du fantasme, car l’art la chiffre et la met en forme.

Quelle vérité se cache derrière le beau ? L’art ne la cherche pas, il offre une enveloppe formelle qui permet de traiter le réel sans sombrer dans l’angoisse ou l’horreur.

LA SUBLIMATION ET LE SINTHOME

Il s’agit de deux concepts psychanalytiques qui désignent des manières de traiter la pulsion et la jouissance, avec des logiques et des rapports au réel différents.

Dans les Trois Essais sur la théorie sexuelle, Freud fait de la sublimation l’un des destins de la pulsion. Il la distingue du symptôme, produit du refoulement. Deux voies semblent donc opposées.

Lacan va nuancer cette coupure en esquissant l’idée qu’un symptôme ramené au sinthome — façon singulière de traiter la jouissance — puisse relever d’une forme de sublimation. (3)

DU MESSAGE AU NOUAGE

Le symptôme sera redéfini par Lacan au fil de son enseignement.

Anastasia Sotnikova Faraco, dans l’Hebdo-blog, nous précisera ceci :

« De message au champ de l’Autre, il devient modalité du rapport au réel, lieu de nouage entre symbolique, réel et imaginaire. Il souligne la “fidélité à l’enveloppe formelle du symptôme, qui est la vraie trace clinique” du signifiant, et cette limite où il “se rebrousse en effets de création”, passage du pathologique à l’invention. »

CRÉATION VERSUS FICTION

Jacques-Alain Miller nous invite à distinguer les deux.

La fiction se déploie dans la chaîne signifiante ; elle donne forme au symptôme dans le champ de l’Autre.

La création, quant à elle, produit de l’inédit hors du champ de l’Autre et touche au réel du symptôme.

Manier les signifiants, c’est déjà sublimer ; toutefois, cette sublimation renouvelle le sens dans l’Autre sans nécessairement créer du nouveau : c’est la/le joui-sens de la fiction.

De même, le fantasme fondamental, réponse au désir opaque de l’Autre, relève de cette fiction et constitue pour chacun « sa sublimation personnelle ». (3)

Chantal CAZZADORI
Psychanalyste en libéral à Amiens


Références

(1) Le symptôme – Nicolas Koriecho – avril 2017 – Étymologie, origine, signification, en psychanalyse et en psychopathologie. Mon article s’est inspiré librement de son travail.

(2) Fabienne Guillen – psychiatre, psychanalyste à Toulouse, membre de l’association « Le Pari de Lacan ». Son ouvrage Symptôme et sinthome est publié chez Erès.

(3) L’œuvre L’AMMONITE de Julia RUOSO, qui illustre mon texte, a reçu le prix Avenir des Métiers d’art : palmarès régional 2022. Ce prix est organisé depuis 2002 par l’INMA (Institut national des métiers d’art). Il vise à mettre en lumière les lauréats pour démontrer leur curiosité, leur regard et leur intelligence face à la matière.

Dans l’HÔTEL-MUSÉE HUSSEREN COLLECTIONS, proche de Colmar, son Ammonite est maintenant visible parmi les artistes faisant partie des objets et des désirs de cet hôtel de charme étoilé, dans le Haut-Rhin. Un lieu de bien-être incontournable qui participe à la beauté de l’écrin forestier dans lequel il réside.

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