CRÉATION – IDENTIFICATION- SINTHOME chez Sophie CALLE

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Chantal Cazzadori PsychanalysteCet été 2007, Sophie Calle, représentant la France à la Biennale de Venise, par son exposition : “Prenez soins de vous”, établira de nouveau une passerelle entre l’Art et la vie. Son travail artistique consiste en effet à associer image et narration autour d’une histoire vraie : “la sienne”, dont le but est d’utiliser l’Art comme geste thérapeutique dans son premier mouvement, puis faire de son inspiration une oeuvre qui deviendra moteur de sa vie dont nous serions les témoins impudiques.

Cette plasticienne fait de sa vie un roman en la jouant par une mise en scène de plus en plus inventive. Elle mêle ainsi ses fantasmes à un support vécu dont le thème qui circule depuis maintenant 25 ans est celui de l’intime exposé voire extorqué.
Convoquant 107 femmes aux métiers différents, elle leur a demandé d’interpréter à partir de leur grille de lecture professionnelle une lettre de rupture, la sienne.
Pour la première fois, son jeu s’inverse, elle propose exclusivement à des femmes d’être à son écoute. Son plaidoyer se composera de 107 lettres chacune écrite dans un style différent pour exprimer les réactions de ces professionnels au contenu de ce mail de rupture.
 À la réception du mail de son amant X, elle dira : “je n’ai pas répondu, c’était comme s’il ne m’était pas destiné”.
Cet homme a terminé son mail en disant : “prenez-soin de vous”, titre de cette exposition. 

La violence de l’événement l’a assez rapidement mise au travail donc mise en projet, une manière vitale de sublimer la douleur par la création, sorte de catharsis inhérente à sa conception artistique.
 Dans cette nouvelle démarche, son roman-photos ne sera pas écrit par elle, cependant, elle en fixera les règles pour d’autres : “analysez, commentez, jouez, dansez, chantez, disséquez, épuisez cette lettre, parlez pour moi, comprenez à ma place, répondez avec votre talent. Une façon de prendre le temps de rompre, à mon rythme, prendre soin de moi”, titre du livre et exposition de Sophie Calle.

 En associant une cohorte de femmes talentueuses à sa vie privée, elle ouvre non seulement une fenêtre sur son espace réservé mais incite chacune d’elle à nous livrer par le jeu d’une projection une écriture interprétative dont le mécanisme qui consiste à se mettre à la place de l’autre relève de l’identification. Nous mêmes, lecteurs et visiteurs de l’exposition devenons les témoins voyeurs d’une histoire somme toute banale qui nous identifie d’emblée à ce sujet puisque la rupture des êtres aimés jalonnant de la naissance à la mort notre parcours singulier est incontournable.Tous ces jeux de miroirs ont suscité mon désir de femme et de psychanalyste pour questionner, sous l’angle analytique, ce qu’il en est du concept de l’identification à partir du “matériel” constituant son oeuvre exposée sous diverses formes : installations et montages de photos, vidéos, livres, lettres présentés au nombreux public critique dans le pavillon français de la Biennale de Venise. Je vais m’essayer d’apporter quelques remarques sur cette dernière histoire de rupture pour Sophie, sachant bien comme elle le précise à la fin de son ouvrage :
”il s’agissait d’une lettre. Pas d’un homme”.
Ne pas identifier l’homme à sa lettre de rupture, rappel important pour éviter un amalgame bien commode et injuste. 
L’anonymat de son amant a été préservé pour ne pas parasiter les interprétations attendues de ses interlocutrices choisies pour dire à leur manière ce qu’elles pensaient de cette histoire qui finit mal.
”Le jour où j’ai reçu cette lettre de rupture par mail, son auteur a publié un livre. Le livre m’était dédié, il m’a quittée le jour de sa sortie. Dans son mail, l’auteur en mentionnait le titre et il signait de son prénom. Seules sept femmes savaient qui il était , j’ai remplacé le prénom par X et le titre du livre par le mot “écriture”. Le projet achevé, il en a pris connaissance et, à sa demande, je lui ai restitué les initiales de son prénom et de son livre”. [1]

Mon propos circonscrira l’espace de ce texte comme objet d’élaboration sur la question de l’identification, catégorie fondamentale de la métapsychologie freudienne. Construire son identité s’inscrit dans un passage nécessaire, hésitant, labyrinthique entre “Je et l’autre”, duquel nous dépendons d’entrée. C’est à partir de la relation d’Amour et du Désir à l’autre que sera articulé le concept d’identification repris dans sa dimension théorique d’abord puis soumis comme hypothèse de réflexion “à l’objet” de création artistique de Sophie Calle.

IDENTIFICATION CHEZ FREUD ET LACAN :
1° – L’AMOUR ET LE UN :

A la lecture de ce mail, nous pouvons lire ce qu’il en est de la demande de Sophie Calle à son amant.
Il lui écrira : “lorsque nous nous sommes rencontrés, vous aviez posé une condition : ne pas devenir la quatrième. J’ai tenu cet engagement. Cela fait des mois que je n’ai cessé de voir “les autres”. [2] mail dans le livre.
Sophie veut l’exclusivité dans sa relation amoureuse, c’est-à-dire devenir son élue. N’est-ce-pas ce qu’on appelle une demande d’amour avec cette conviction propre à l’amour et son point d’origine : désirer ne faire qu’un ensemble ?
C’est précisément là que le malentendu opère.
”Je croyais que cela suffirait, je croyais que vous aimer et que votre amour suffiraient pour que l’angoisse qui me pousse à aller voir ailleurs et m’empêche à jamais d’être tranquille et sans doute simplement heureux et “généreux” se calmerait à votre contact, et dans la certitude que l’amour que vous me portez était le plus bénéfique pour moi, le plus bénéfique que j’ai jamais connu, vous le savez.” [3] 

Cet homme, en acceptant de renoncer à toutes les autres, a cru sortir de sa dépendance aux femmes par l’amour pour une seule : Sophie. Pris dans le désir vivement imposé par sa maîtresse, n’a-t-il pas cédé sur son désir en voulant la satisfaire ? par conséquent se trahir et la trahir ? 
Pierre Rey dans son livre sur le Désir nous le dit autrement :
”ai-je voulu ce que je désire ?”
”c’est pourquoi l’inconscient, ce grand stratège, qui, mieux que nous, sait dire non, fait rater parfois ce qu’on désire pour mieux nous révéler ce qu’on veut – sans avoir su qu’on le voulait- “


2° – IDENTIFICATION ET JALOUSIE :

 La demande de Sophie sera posée comme une règle passée dans un contrat explicite d’une parole donnée, garantie. Ne se serait-elle pas identifiée aux trois autres rivales, jalouse de devoir partager son homme ? de ce fait, cette image la menacerait-elle aussi au-delà de son insatisfaction, menacée au plus intime de son être, révélant son manque fondamental ?
”de la perte de la chose dans l’objet, en tant que perdu et jamais retrouvé”. [4]

3° – IDENTIFICATION ET ATTACHEMENT PRÉCOCE :

 En évoquant l’objet d’amour et le désir de l’enfant pour sa mère ou son équivalent, soit une présence liée à chacune de ses satisfactions dont il ne pourra se séparer que sous la menace de castration, celui-ci, soumis à cette expérience de coupure d’avec le lien maternel par le père, recherchera infiniment à partir de cette séparation fondamentale et nécessaire, à retrouver l’objet perdu, c’est-à-dire, l’harmonie idéale vécue dans sa demande première. 
L’attachement de Sophie à sa mère : confidente, complice, proche dans toutes ses épreuves est exemplaire. Très tôt, seule avec sa mère, le couple mère-fille s’est solidement maintenu à travers le temps. La lettre de sa mère figure parmi les 107 exposées, Sophie lui dédiera son livre.
”Songe que tu recueilles ce qu’il y a de mieux comme lettre..(..) Référons-nous à nos vieux proverbes “un clou chasse l’autre”, “un mal pour un bien”.. belle, célèbre, intelligente comme tu l’es, tu trouveras très rapidement quelqu’un de mieux. Je t’aime et je t’embrasse. Ta mère [5] 

Pour Freud, l’identification est le lien affectif à autrui le plus précoce, l’attachement se réalise dans cette forme primitive par un trait minimal entre un moi du sujet et la personne, tantôt aimée, tantôt haïe (l’ambivalence de l’amour). Copier, imiter l’autre participe à fonder quelque chose de son identité qui fera signature dans sa singularité. Ce trait, ce marquage se répétera non d’une présence mais d’une absence effacée.


La répétition présuppose le fondement d’un UN primordial constitué à la place d’un manque, d’un effacement originaire, c’est ce que Lacan appelle en d’autres lieux de son enseignement la “chose” ou le “réel impossible”.

4° – IDENTIFICATION AU FANTASME SPHERIQUE :

D’où tenons-nous ce fantasme de complémentarité avec l’autre ? lors de nos premiers scénari imaginaires, engrammés, encryptés dans notre préhistoire d’enfant dépendant, nous croyant enveloppés dans un tout par une mère aimée, aimante, nous avons construit notre illusion du plein, de l’harmonie, du sphérique.
Freud le rappelle dans son livre : “souvenir d’enfance de Léonard de Vinci” que derrière le “fantasme du vautour” de Léonard se cache la réminiscence d’avoir têté le sein maternel, scène d’une grande et humaine beauté qu’avec beaucoup d’artistes, le peintre entreprit de représenter dans ses tableaux de la vierge à l’enfant.

5° – IDENTIFICATION ET AMOUR NARCISSIQUE :

Là est notre projection intuitive. Retrouver cette plénitude originaire dans l’Autre, viser l’amour du Un dans la fusion avec l’autre et son serment d’éternité :
”je t’aimerai toujours”, suppose une garantie par la parole dans une réciprocité assurée. Cet objet adulé, unique, l’objet de l’amour lui-même que révèle-t-il ? 

Socrate dans Phèdre :
”il aime, mais il ne sait quoi (..) il ne s’aperçoit pas que dans son amant, comme dans un miroir, c’est lui-même qu’il voit ?”.

Dans la lettre de réponse de Caroline Mécary, avocate à la cour, elle relève que : 

- X est égocentrique et narcissique
- X est effrayé par “l’intranquillité”,
- X n’est pas généreux,
- X refuse tout débat contradictoire,
- X ne veut rien perdre,
- X ne considère que le préjudice dont il souffre.

Puis une Ado : Anna Bourguereau dira à son tour : 
par sms : il se la pète..

6° – IDENTIFICATION ET QUETE DE LA CHOSE :

Cette quête infinie de l’objet perdu pour “remplir le vide” dont Christine Angot dans sa lettre de réponse à son amie Sophie dit ceci 
”elles, les femmes ça les rends folles le vide, le manque”.
”tu n’as rien, tu as un trou, tu as un manque, c’est tout”.

Pourtant, que l’on soit homme ou femme, le vide est intérieur à notre particularité d’être humain. Chacun, chacune allons plus ou moins bien réussir à le border, le broder ou pas ce vide.
Christine Angot dira encore à Sophie : “tu es artiste, ça ne te donne pas du pouvoir, de la grâce oui.. mais les femmes réunies, tout ce qu’elles veulent, c’est que les hommes disparaissent, qu’ils deviennent des fantômes, loin.” [6]

7° – IDENTIFICATION ET FEMINISME :

Faire de la différence sexuée une revendication pour éliminer l’autre afin d’éviter l’expérience de l’incomplétude dont nous croyons que l’autre nous prive est une protestation supplémentaire d’une pensée totalitaire. Faire du un, sans les hommes ou sans les femmes, (de l’homo contre de l’hétéro), sans s’assumer dans son être sexué avec cette même difficulté qui consiste à gérer le non-harmonieux, la partie manquante, ma moitié à jamais perdue.. cela renvoie à nos fondations psychiques.

Françoise Gaspard, experte des Droits des Femmes à l’ONU répondra à son tour à la lettre de rupture en ces termes :

”OUF !”
on ne s’empêche pas d’être polygame, quand on est un mâle, un vrai, question de nature ou de destin, allez savoir, une nécessité en tout cas, cette pulsion qui permet aux hommes de créer. De platitudes stéréotypées en poncifs éculés (c’est ta faute, tout ça !), les vieux ressorts de la domination masculine, mal cachés sous une tristesse affichée, alimentent la bonne conscience de ce macho pur sucre, façon toujours actuelle : c’est simple de se poser en victime, de culpabiliser la femme qu’on quitte en lui reprochant son manque de compréhension. Sans oublier le coup d’encensoir final (tu es trop bien pour moi!). Goujat (pas trop rusé) ou dinosaure (d’une espèce pas encore éteinte), un peu des deux sans doute, pour prendre congé, il écrit même : “prenez soin de vous”. Sophie, jette ton kleenex. C’est Ouf ! qu’ il faut te dire. [7]

8°- IDENTIFICATION ET PROCESSUS ARCHAIQUE :

Dans le stade oral du début de notre vie, nous découvrons par la fonction de sucer qui comme les besoins d’auto-conservation, celle du suçotement va faire de la bouche une zone érogène, et par là-même, une zone érotique, hystérogène. Ce plaisir, ce trou dans le corps, permettra la communication avec l’intérieur du corps du sujet (sa bouche) et l’extérieur soit l’objet (le sein), sous le mode de l’incorporation. Dans des moments de détresse, de manque, l’enfant va par son cri appeler le “sein” dans l’illusion de maîtriser l’autre pour sa pleine satisfaction. Cette relation fusionnante pour les besoins et les plaisirs sera le summum de la plénitude. Cette matrice d’un fantasme ferait de deux corps réunis un seul appareil psychique. Après avoir incorporé le sein (l’autre), un autre processus va se mettre en place psychiquement, celui de l’introjection.
Pour aller vers mon identité, il faudra que je me sépare. L’individuation de ma propre psychée me permettra de me représenter le monde extérieur, de m’informer, de me former une identité du soi.
Les ratés de ce processus à traverser font dire à Jacques Sédat :

”on trouve dans la pathologie dépressive, qui est marquée par l’impossibilité, permanente ou intermittente de réparer son corps, de l’informer soi-même, si ce n’est par des phénomènes d’addiction (drogues, alcoolisme, dépendance chimique), ou par des phénomènes de compulsion, faire le vide par l’anorexie, par l’impossibilité de mettre en place de façon permanente un processus de communication entre l’intérieur et l’extérieur”. [8]

9°- IDENTIFICATION ET IMAGE DU CORPS :

 Avant d’arriver aux processus d’identifications, nous élaborons progressivement notre image du corps par des étapes d’incorporation, d’introjection et de représentation de la pensée en investissant de plus en plus la réalité.
La marque entre l’intérieur (soi) et l’extérieur (l’autre) passera par l’élaboration de nos origines. Dans les théories sexuelles infantiles, il n’y a pas de trou dans l’image du corps. Dans la question : “d’où viennent les enfants”, la théorie cloacale l’exprime. 
”Nous naissons dans l’urine et l’excrément”,
Comme le formulera, St Augustin, bien avant Freud.
Pas de différence sexuée non plus dans la femme au pénis qui assoie la représentation de l’unisexe dans le fantasme de l’enfant.
Freud, continue à décrire en 1906 dans les théories sexuelles infantiles la troisième, celle qui va compter encore plus pour l’identification.
L’enfant ne fait pas la différence entre masculin et féminin à ce stade d’avant l’oedipe, tout se passera dans le fantasme du rapport de force à savoir : fort-faible, actif-passif.
C’est la théorie dite de la bi-partition qui fera du coït une représentation agressive pour l’enfant témoin de bruits ou fragments de scènes érotiques évoquant pour lui un combat d’où sort un perdant et un gagnant dite scène primitive en psychanalyse.
Dans l’inconscient, la différence des sexes équivaut à l’actif et au passif. Elle n’existe pas comme homme, femme avant la menace de la castration donc le passage par l’Oedipe et ses identifications aux traits du père et de la mère. Le pénis sera ce qui manque à la petite fille, l’absence de pénis ce qui fera sa revendication.

Sur le plan imaginaire, la peur de le perdre pour le garçon et l’envie d’aller le chercher pour la fille les feront entrer ou sortir de l’oedipe par tout un rapport identificatoire aux parents.

10° – IDENTIFICATION ET COMPLEXE D’OEDIPE :

C’est en 1921, dans “psychologie collective et analyse du moi” que Freud posera immédiatement l’identification comme l’investissement d’une autre personne.
Dans la vérité freudienne, le père de l’Oedipe interdit de façon absolue à l’enfant de désirer celle qui a été dans son désir. Il va “castrer” l’enfant ainsi privé, frustré de la mère et celui-ci devra faire avec le manque, le vide, le trou interne inclu dans le désir. Il conviendra qu’il apprenne à désirer ailleurs, hors du champ maternel incestueux.
Sibony dans son livre “La haine du Désir”, précisera ainsi la notion de castration :

”comme coupure multiple des adhérences avec soi-même et avec l’autre qu’on prend pour soi, semble être à la fois la condition et l’épreuve du désir”. [9] 

Le complexe d’oedipe offre à l’enfant deux possibilités de satisfaction. Il s’investit et s’identifie aux parents de façon active et passive pour prendre leur place.
Par exemple, un fils identifié au père va se mettre à la place du père pour mieux investir la mère et la séduire, ou bien, il va se faire aimer par le père comme pour remplacer la mère qui deviendrait superflue. L’identification joue à plein dans ce processus identitaire sachant qu’une belle sortie du complexe permettrait à l’enfant de sortir de l’identification aux parents pour s’identifier à un X qui est son futur, style : “quand je serai grand, je ne prendrai pas la place d’un autre, je ferai ma propre place”.
Sophie Calle dans son entretien avec Télérama en parlera ainsi :
”j’ai photographié toutes ces femmes en train de lire la lettre, parce qu’il fallait bien que je m’intègre d’une manière ou d’une autre. Pour cette installation, mes photos sont à mon avis, meilleures que d’habitude, comme si, inconsciemment, cela avait été ma seule façon de trouver ma place”. [10]

11°- IDENTIFICATION DANS L’AMOUR ET LE DESIR :

Dans la quête de l’Amour, fusion du “deux en un, rêve un peu niais car ça ne marche pas, c’est le mythe d’Aristophane” comme le rappelle P. Rey dans le désir, 
C’est donc par sa résolution oedipienne que l’enfant va s’identifier pour ensuite trouver sa propre place initié aux idéaux du père.
L’Amour aurait à voir avec l’UN et le Désir avec le manque dans l’Autre.

Reprenons les propos de Sophie recueillis par les journalistes de Télérama :
” En Californie, j’avais loué la maison d’une photographe. Elle m’avait appris à développer les photos et l’exercice m’avait semblé amusant. J’ai écrit à mon père en lui disant : je fais de la photo depuis un mois, ça me plaît bien. Il m’a répondu que si c’était sérieux, il m’aiderait. Je ne suis pas devenue artiste par hasard, je suis devenue artiste pour séduire mon père.” dira Sophie dans l’entretien [11]

12° – IDENTIFICATION AU TRAIT UNAIRE :

Claude Conté dans “le clivage du sujet et son identification” [12], renvoie la notion léguée par Freud et en balise l’essentiel : “la question se pose de savoir si un concept commun peut s’appliquer à l’énigmatique identification primordiale au père, puis à l’identification que Freud nous désigne comme particulièrement hystérique. Lacan reprendra magistralement ces deux types d’identification pour en désigner une autre oubliée par Claude Conté désignée par Freud identification au trait unique que Lacan nommera identification au trait unaire soit la troisième.
Le Nom Propre du Sujet, signifiant auquel il s’enracine, s’assujettit par identification inaugurale, intégrerait dans son processus fondamental les deux autres évoqués par Freud.

Calle “patronyme” signifie rue en espagnol synonyme d’errance. “j’ai commencé à suivre des gens dans la rue parce que j’étais perdue, en I979, je revenais en France après sept ans de voyage à travers le monde, à faire de l’auto-stop sans me soucier de l’avenir”, nous confiera-t-elle dans l’entretien.

La conception lacanienne du trait unaire est celle de l’identification à un signifiant : “le trait unaire est d’avant le sujet – “au commencement était le verbe”- ça veut dire au commencement est le trait unaire. simplicité, singularité du trait, que le réel le veuille ou ne le veuille pas. Mais il y a une chose certaine, c’est que ça entre que ça y es déjà entré avant nous parce que d’ores et déjà c’est par cette voie que tous ces sujets qui, depuis tout de même quelques siècles, dialoguent et ont à s’arranger comme ils peuvent avec cette condition justement qu’il y ait entre eux et le réel ce champ du signifiant ; cette marque du trait unaire indiquant que le sujet ne peut advenir que de sa dépendance au signifiant”. J. Lacan [13] 
Nous sommes parlés, pensés, fantasmés, destinés avant même notre arrivée au monde comme sujet désirant dans le psychisme des parents. Dépendant déjà de la présence de l’Autre à l’orée de notre existence, nous sommes identifiés par notre NOM et tous les signifiants qui vont constituer notre moi propre, distinctif de l’objet, le prénom étant lui aussi porteur de projection parentale.
”Tandis que Freud cherche le moi dans le trait qui se répète et lie ensemble des êtres aimés, désirés et perdus, Lacan passe à un registre plus abstrait, dénombre les personnes aimées et perdues comme signifiants sériés, isole leur trait commun et trouve enfin le sujet de l’inconscient. Aussi le sujet de l’inconscient n’est-il pas seulement le nom d’une relation entre un évènement actuel et d’autres évènements virtuels, mais le nom de la marque invariablement présente tout au long d’une vie. Le sujet de l’inconscient est plus qu’une relation, il est lui-même le trait qui unifie l’ensemble des signifiants.” [14] Nasio

Dans un entretien télévisé sur Ingmar Bergman (Arte : “vie et labeur” émission en hommage au réalisateur, le 3/08/07) l’artiste disait bien son trait de caractère identifié à sa mère et pas à son père, au contraire.., il semble à travers son oeuvre dénoncer la culpabilité liée au remords et aux châtiments . 
Manipulateur, menteur, l’artiste sauvegardait ainsi sa plage de liberté pour penser, tout en acceptant les coups physiques reçus de son père en conséquence.
Ces rituels sado-masochistes étaient administrés devant toute la famille meurtrie. Propos de l’auteur à son ami Jör Donner pour l’interview. 

Dans l’autre entretien de Sophie Calle, la question suivante lui sera posée :
d’où vous vient ce goût du jeu ? j’avais déjà des rituels avec ma mère quand j’avais 5 ans. Elle sortait beaucoup le soir et la règle du jeu, c’était qu’elle me réveille avec un jus d’orange et le récit de sa nuit. Et ce, quelle que soit l’heure du retour. A ce prix, j’acceptais de rester seule. On organisait aussi des cérémonies grandioses pour les funérailles de nos poissons rouges”. [15] entretien Télérama.

Inscrit originairement dans le réel de la lettre de mon Nom, dans cette langue qui véhicule les mots et leurs valeurs, là, où j’ai été parlé, pensé, avant de naître et identifié à mon Nom et Prénom pour me singulariser et me différencier, c’est ce que Lacan appellera la troisième identification au trait unaire.
Les trois identifications fondamentales au trait unaire, aux idéaux du père symbolique, au désir du désir de l’Autre avec sa composante hystérique vont fonder mon identité. Déjà Spinoza disait : “c’est le désir qui est l’essence de l’homme”.

Dans le désir inconscient de Sophie Calle, dans son trait de distinction qui trace sa quête créative et se répète sur le thème de l’intime allant de la rupture à l’absence, que pouvons-nous remarquer ?
De nouveau, en recevant le mail de rupture, Sophie ne s’est pas désignée comme victime, n’a pas tranché entre le rien peut-être et le peut-être rien. Elle ne s’est pas mise en balance pour fermer la question comme le ferait un névrosé victimisé par la situation vécue. Au contraire, elle a agi en se libérant de la demande de l’Autre, en acceptant par son jeu de la quête de la vérité de mettre en scène sa douleur, de la sublimer par sa création. Acculée, devant le réel de son histoire amoureuse, elle tentera de pousser les frontières du savoir en retournant la situation. Elle demanda à ses alter-égo de comprendre, d’analyser pour elle. Son projet ainsi lancé devenait tellement intéressant qu’elle souhaitait que cet homme ne revienne pas pour poursuivre et faire ainsi aboutir son oeuvre.
Délier l’emprise du vide, de la perte de l’autre, du sans nom de la douleur de l’absence, de l’innommable qui peut faire vaciller dans le ravage, Sophie a fait le 
choix de s’en sortir ; aller là où il y a encore du jeu possible, faire le choix de la vie.
C’est sa mère qui lui inspira l’idée de cette exposition dans sa lettre gratifiante qu’elle lui adressera à son tour pour la consoler :
”On quitte, on est quitté, c’est le jeu, et pour toi cette rupture pourrait devenir le terreau d’une manifestation artistique, non ?” lettre de Monique Sindler sa mère. [16] 

”Prends soin de toi” est devenu un message double, “Prenons soins de nous” pourrions nous dire maintenant que Sophie a été selectionnée à la Biennale.
Sa mère savait qu’elle serait la grande absence de cette manifestation prête à partir pour son ultime voyage.
La rupture du mail mêlée à la mort de sa mort, la perte de l’objet premier…Perte mise en scène aussi dans l’exposition. 
”A Monique Sindler qui tient dans ce livre son rôle de mère, qu’elle a depuis, abandonné malgré elle.” en exergue de son livre Prenez soin de Vous. G…

Transparence de l’intime, valorisation du passage à l’acte, déni de la honte, rejet de la pudeur, violence contenue dans l’acte de voir, l’art contemporain, par le truchement des artistes, témoins critiques de leur temps, rejoint les interrogations des Sciences humaines.
Un pas de plus est franchi dans cette exposition en hommage à sa mère, deux fois présente à Venise par sa mort et par sa lettre, une des premières à avoir réagi au mail de rupture.

13° – SYMPTÔME ET SINTHOME CHEZ FREUD ET LACAN :

 Si le symptôme est un langage dont la parole doit être délivrée dira Lacan, il est aussi une humanisation de notre désir. Freud écrivait : “le symptôme était un dire”, une écriture par l’image. Il ne pensait pas que la santé mentale impliquait l’absence de symptôme, ni non plus que la disparition du symptôme était synonyme de guérison. Nous savons que le symptôme hystérique est, comme d’autres formations psychiques, l’accomplissement d’un désir issu d’un fantasme inconscient, un compromis entre à la fois une satisfaction sexuelle plus ou moins réussie et son échec par un refoulement mal accompli. Au nom de quoi, un travail analytique et ou psychothérapeutique devrait enlever au patient son type particulier de satisfaction libidinale procurée par son symptôme ? L’angoisse n’est pas sans rapport avec le symptôme. Dans la clinique nous voyons bien que l’abandon d’un symptôme fait surgir l’angoisse. Un obsessionnel ne lâchera pas son rituel sans quelque angoisse qui mettra son moi en danger. Si l’on empêche le symptôme de se former, le danger peut survenir dans la réalité sous la forme de passages à l’acte. Nous avons donc besoin de nos symptômes et c’est pour cela que nous nous les créons, pour prévenir le surgissement d’un trop plein d’angoisse ou de faire surgir le réel par un comportement inconsidéré qui nous dépasse.

Le névrosé aurait cependant un rapport trop étroit avec la culpabilité. Les éléments agressifs de son désir insatisfait transformeraient sa libido refoulée en symptômes. Il ne s’agit pas dans la cure de normaliser le sujet désirant en abrasant toutes ses particularités humaines au seul profit d’une adaptation sans conflit. “L’analyse doit instaurer les conditions psychologiques les plus favorables aux fonctions du moi, sa tâche sera accomplie”. [17]

Pour Lacan, sa continuité pour les avancées freudiennes démontre à l’aide d’un concept de nouage entre 3 instances psychiques : le réel, l’imaginaire et le symbolique, certains aspects des thèses freudiennes. Le symptôme serait signifiant et noeud de signification, c’est-à-dire, que le symptôme en tant que signifiant, représente un sujet en tant qu’un des éléments de sa structure. Le symptôme serait aussi signifiant parce qu’il est l’inscription d’un signifiant dans le corps du sujet. Il dit la vérité du sujet de l’inconscient mais sous forme d’énigme, d’un mi-dire. Le symptôme est métaphore, figure de style qui consiste à dire un mot pour un autre, ce dernier entretenant avec le premier un lien de similarité. Si le symptôme butte et vient du réel pour échapper aux tentatives de compréhension (imaginarisation) et de mise en mots (symbolisation), il peut aussi résister à l’analyse.
”Cela me reste sur l’estomac”, relève du champ symbolique et pourtant, que vais-je pouvoir dénouer au-delà de ce mi-dire inscrit dans la douleur de mon corps ?
Dans la répétition qui désigne sur le plan inconscient le réel, je vais jouer et rejouer mon symptôme avec sa jouissance propre et son inhibition.
Les trois ronds du réel, de l’imaginaire et du symbolique, ce noeud à trois qui s’articule dans la névrose font au mieux symptôme. En cas de carence paternelle et de la forclusion du nom du père, le sinthome peut suppléer aux décompensations possibles qui vont du déni de la réalité, aux hallucinations jusqu’au retrait de la réalité. Du noeud à trois dit de trèfle qui assure la continuité du réel, de l’imaginaire et du symbolique, va se nouer à d’autres trèfles de façon borroméenne. Pouvoir transformer la tresse héritée de lalangue en un noeud qui nous fasse sujet. Le sinthome fondamentalement est là pour corriger les erreurs inéluctables du noeud. L’invention, le style affaire de trouvaille viendront nommer le parcours de l’artiste par son propre sinthome comme réponse inventive de son être-là, sujet trouvant sa place, son X, dans le monde à partir de son Nom qu’il se donnera ou créera.

Ingmar Bergman, parlait de son double, son personnage professionnel comme d’un étranger, se sentant plus en proximité avec son familier, son intime, sa vie privée. “La personnalité du sujet est structurée comme le symptôme qu’elle ressent comme étranger”. Lacan.
Le réalisateur rappellera que toute l’inspiration de son oeuvre vient de son enfance, c’est la matière première de son travail.
Sophie Calle a fait de sa vie, de ses symptômes et de son sinthome un destin de femme artiste contestée ou pas, adulée ou méprisée peu importe.
Dans sa réponse à l’absence, la rupture, la séparation et maintenant la mort de sa mère, Sophie Calle donne à voir ce qu’il en est de nos souffrances d’exister, de vivre, de notre Intime. Ingmar Bergman, dans son deuil difficile à vivre après 25 ans d’amour pour sa dernière compagne de vie, devait lui aussi instaurer dans son isolement volontaire sur l’ïle de Faro, des rituels extrêmement rigoureux pour supporter l’absence, la part manquante, la mort de son élue, et , au-delà son vide existentiel.

A chacun sa trouvaille, à chacun sa création pour faire face à l’impossible, l’irreprésentable, l’innommable de notre sublime et obscène condition humaine face à la vie et la mort scandées par les temps de séparation, de rupture, de perte.

Sélectionnée à la biennale internationale pour y représenter la France à Venise, Sophie Calle apprend par sa mère, sa mort prochaine.
”Quand je pense que je n’y serais pas!” lui fait remarquer sa mère. Alors sa fille, Sophie fera en sorte qu’elle y soit.
”Ma mère était très extravagante, très expansive, pendant le dernier mois de sa vie, on a beaucoup festoyé chez elle. C’est ainsi qu’elle vivait, et elle disait toujours : évidemment, Sophie va trouver un moyen d’exploiter ça, elle va en faire quelque chose. ”

Montrer ces images, pour moi, est un hommage.” [18]

14° – IDENTIFICATION ET MORT EN DIRECT DE LA MÈRE :

En me rendant spécialement sur place à Venise, en août, pour découvrir à mon tour l’exposition de Sophie Calle, après avoir travaillé mon sujet à partir de son livre et de ses interviews, j’ai eu la surprise de ne pas “ rencontrer ” sa mère filmée par sa fille lors de ses derniers instants de vie.
Je l’ai cherchée dans le pavillon français, en vain…
Troublée par cette absence, j’ai pensé que tout cela relevait de mon imagination. Identifiée à sa démarche, j’allais moi aussi me recueillir sur ce film témoignage, relatant les 12 dernières minutes de soins apportés à sa mère mourante.
Déçue, je me promis d’y revenir quelques jours après et de continuer mes investigations. Où était-elle exposée ? avais- je vraiment rêvé ? troublée par l’évènement avais-je capitulé trop vite ?
Oui, Madame Monique Sindler avait bien sa place elle aussi dans cette biennale, mais pas trop prêt de sa fille Sophie Calle, là : juste à côté, ailleurs, dans ce pavillon italien qui présentait d’autres œuvres d’artistes contemporains du monde entier.

Un endroit à part, fait sur mesure, était discrètement installé, abritant : la vidéo de la mort en direct, un cadre vide, une peinture portrait de cette mère très belle et des mots dont un seul mis à part lui aussi, en relief, sur un fond argenté :
“SOUCI”
“Ne vous faites pas de souci” dira-t-elle en partant, si doucement, qu’il a été impossible d’en saisir l’instant précis.
La mort si rapidement expédiée, cachée, tue, interdite aux enfants par convenance, protection, banalisée dans nos rites modernes a trouvé là un statut public, impudique, provoquant, bafouant l’intime.. Une réponse personnelle, singulière portée à nos modèles d’effacement de l’irreprésentable.
Un lien d’attachement profond d’une fille pour sa mère qui l’accompagne “heureusement” dans ses derniers pas vers l’inconnu. 
Souci de partir pour cette mère, souci de laisser son enfant aux prises avec l’audace, le courage de révéler à chacun, chacune, cette part interdite du privé qui fait souvent scandale.
Gageons que Sophie continuera à nous étonner sans trop de souci pour son art de dire, de nous dire, par son langage hors norme.
Je pense au merveilleux livre : le voile noir d’Anny Duperey, d’un deuil impossible à faire, livre qui s’est réécrit par l’auteur sous le titre “Je vous écris” en réponse à toutes ces lettres qui ont fait soutien, paroles, mots, amitié, partage, complicité et que l’Auteur a soigneusement reprises dans son livre-réponse. Une étape supplémentaire pour qu’Anny Duperey avance elle aussi sans trop de souci…sur ce chemin de l’ultime séparation de ses deux parents morts ensemble dans un lieu intime : la salle de bain de la maison familiale.

15° – SYMPTOME ET/OU SINTHOME AU TRAVAIL chez Sophie Calle :

Cette mère si proche, si complice, partie de la vie comme de celle de sa fille, en la fêtant jusqu’au dernier moment, maîtrisera tout de son départ sans doute difficile à accepter. Sophie lui dédicacera son dernier ouvrage , “prenez soin de vous”, par cette phrase : 

”A Monique Sindler qui tient dans ce livre son rôle de mère, quelle a, depuis, abandonné malgré elle”.

Que déplace, décale Sophie dans ce clivage de lieu, d’espace ?
Le travail de deuil mis en jeu à partir et pendant le montage de cette exposition où sa mère sera mise à une autre place, que met-il véritablement au travail dans le symptôme/sinthome de Sophie ?
L’inconscient n’est pas révélé dans cette histoire mais agit comme moteur artistique, comme une mise en jeu du processus de la cure analytique sans en être son effectuation.
Sophie Calle en révélant sa créativité autour de ce sujet de l’intime de la séparation amoureuse jusqu’à celle de la mort en direct, mobilise à son insu des éléments inconscients mis en scène et au travail dans des agir contre l’angoisse de la perte effective.

16° – IDENTIFICATION ET FORCE POLITIQUE :

Nous n’allons pas voir du beau, de l’esthétique, même si certaines photos relèvent de cela, par contre, nous assistons et participons à une démarche de complicité oh combien humaine !
Dans notre Société individualiste, normalisante et morcelée où règne de plus en plus cette solitude comme mode d’existence moderne, cette manifestation par l’art a permis qu’un groupe de femmes talentueuses s’identifie à une autre femme, q’un public critique prenne connaissance lui aussi de sujets forts tels que la perte amoureuse et la mort.

L’Art, comme “unifiant”, loin de la théorie académique du beau aurait-il, en ces temps rudes de la mondialisation un rôle de médiateur qui nous inscrirait dans un rapport à l’autre humain mieux ancré dans une communauté de femmes et d’hommes aux prises avec le réel de ces deux pertes existentielles ? [19] 

La médiation sociale instaurée par l’évènement créé autour de cette exposition largement médiatisée a été construite sous l’effet fédérateur de l’identification. 
La beauté devient tout autre, à travers une démarche de souffrance sublimée par l’appel à la solidarité, solidarité des autres, ni mieux ni moins bien “logés” que l’Artiste concernant la question de la perte, deviennent témoins actifs d’une “douleur exquise” d’exister et de vivre.
Un groupe auquel on s’identifie chacun, chacune, au-delà des frontières, de l’état nation, qu’une artiste a eu l’intuition, par son projet abouti de nous conduire à cette perception sensible de l’actuel. 
Cette démarche inventive, créative, hors tabous, honore notre quête des différences, unis pour le coup dans cette vision de la mondialisation que Sophie Calle représente internationalement d’une manière unique et singulière.

L’objet de l’Art Moderne, contemporain, par son nouveau regard sur l’actuel aurait-il une portée également politique ?

Chantal Cazzadori

Paris,
 Septembre 2007-09-03