La phobie

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LA PHOBIE
Appelée aussi, L’HYSTERIE D’ANGOISSE
C’est-à-dire L’IMPOSSIBLE SEPARATION.

Nous avons vu la lutte à mort que l’obsessionnel doit mener pour vaincre son désir inconscient qui surgirait et lui déclencherait une angoisse massive.
Chez le phobique, Freud a découvert l’importance de l’angoisse de castration avec le cas du petit Hans, en I908, la psychanalyse d’enfant est mise en évidence pour la première fois.
L’angoisse jaillit immédiatement dans une situation précise : prendre un ascenseur, le bus, l’avion, voir un animal, chat, araignée… toutes les agoraphobies, claustrophobies et zoophobies possibles. Les petites phobies sont légion chez le commun des mortels. La timidité reste un trait des plus constants des personnalités phobiques. Dans les stades de développement, le passage oedipien sera un tournant principal pour structurer l’enfant qui renoncera dans le meilleur des cas à ses désirs oedipiens pour ses parents. Quelques angoisses phobiques vont se déclarer sans conséquences graves. Si Freud en fait spécifie de névrose phobique l’ensemble des symptômes phobiques graves c’est que pour certaines phobies, comme les dysmorphobies (déformation du visage et du corps) lorsqu’elles apparaissent à l’adolescence peuvent prévenir dans certains cas d’un mode d’entrée dans la schizophrénie.
En I926, Freud a compris que c’est l’angoisse qui provoque le refoulement et la réapparition de l’angoisse sur l’objet externe.

L’obsessionnel continue à se protéger derrière ses murs qu’il ne cesse d’édifier contre la représentation capable de susciter l’angoisse.
Le phobique transforme le conflit interne, cause de l’angoisse, en une situation externe qu’il va éviter, déplacer et projeter à l’extérieur pour annuler ses représentations sexualisées. Ce sera sa solution économique substituée en symptôme.
Dans le cas du petit Hans, « Freud explique la phobie du cheval de cet enfant par l’ambivalence vis-à-vis de son père, projetée à l’extérieur : la peur d’être mordu par le cheval signifie la peur d’être châtré par le père. » Chawki Azouri. L’enfant se défend ainsi de sa problématique oedipienne, déplaçant sur des objets extérieurs sa peur venue focaliser sa difficulté à se détacher, se séparer de sa mère. Déplacement, évitement, projection seront ses mécanismes de défense.

« Dans la peur du vide, le corps du sujet est identifié à ce qui peut se détacher entre lui et la mère, et qui sombre dans une chute sans fin. Dans la claustrophobie, on retrouve souvent le désir et la crainte inconsciente d’être enfermé dans le corps de la mère. » Chawki Azouri.
Dans l’opération de la castration, passage structurant et nécessaire pour l’enfant entre 3 et 5 ans, c’est le père qui doit aider la mère et aussi l’enfant à couper le lien imaginaire qu’ils entretiennent dans leur fantasme. L’enfant voulant combler sa mère va s’identifier à l’objet phallique qu’il veut devenir, soit être son tout à elle. Et la mère avoir son objet phallique pour être toute, non manquante. Double opération qui suscite conflit et angoisse pour qui doit la traverser. Comment le sujet va-t-il se protéger contre l’angoisse phobique ? En se désignant un objet contraphobique, trouver un proche pour l’accompagner partout où il se sent en danger. L’impossible séparation prend des formes particulières de paniques, d’évitement, de non sens.
Nous avons constaté que le désir du sujet est différent d’une structure à l’autre.
Chez l’hystérique comme c’est son insatisfaction qui prédomine, il lui faudra maintenir le désir non satisfait pour ne pas être déçue, et jouer la carte l’amour.
Chez l’obsessionnel, il figera sa possibilité de désirer face à une mère qui l’a trop investi.
« la phobie est une pathologie du narcissisme primaire, elle renvoie à l’inséparable. Le désir incestueux de non séparation empêche toute alliance, toute altérité, il constitue la racine profonde de tous les liens humains, à commencer par le tout premier, celui de la mère à l’enfant. » Irène Diamantis.
Freud perçu très tôt que le noyau phobique constituait une défense contre la perversion.
Le phobique ne peut pas s’aimer lui-même, car il est pris dans une identification à l’autre comme non séparé. Il est en crise d’identité, inquiet, d’une grande fragilité narcissique.
Reconnaître le lieu de son aliénation conduit à s’en séparer, là sera tout le travail d’une cure.

Chantal CAZZADORI, psychanalyste à Amiens et Paris.

Bibliographie :

Chawki Azouri : « la psychanalyse à l’écoute de l’inconscient » Marabout 93

Irène Diamantis : « les phobies ou l’impossible séparation », chez Aubier Flammarion

Freud : « les 5 psychanalyses », recueil de 5 cas cliniques, publiés en I909, relatant des cures analytiques dont le petit Hans, cas d’une phobie infantile.