Le pervers ou l’initié du jouir

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Le pervers narcissique différent du névrosé et du paranoïaque.

Qui n’a pas éprouvé de la haine destructrice passagère ?
L’égocentrisme, le besoin d’admiration, l’intolérance à la critique sont des traits de personnalité communément partagés. Remords et regrets sont le lot des névrosés. La notion de perversité implique une stratégie d’utilisation puis de destruction d’autrui, sans aucune culpabilité, là est la différence essentielle.
Assouvir ses pulsions destructrices est une nécessité pour le pervers narcissique alors qu’il s’agit de réactions épisodiques non installées systématiquement chez le névrosé narcissique. Psychotique sans symptômes, les pervers narcissiques trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu’ils ne ressentent pas et les contradictions internes qu’ils refusent de percevoir. Ce n’est pas volontaire, c’est plus fort qu’eux, se valoriser aux dépens d’autrui en transférant ainsi leur douleur. Doué d’un sentiment de grandeur, d’un égocentrisme extrême, d’une absence d’empathie pour les autres, envieux, ils voudraient posséder les choses qu’ils n’ont pas ou ceux qui semblent tirer plaisir de leur vie. Incapables d’éprouver des réactions dépressives, ils se montrent déprimés alors qu’il s’agit de colère ou de ressentiment avec des désirs de revanche plutôt qu’une véritable tristesse pour la perte de la personne appréciée car ils n’arrivent pas à comprendre les émotions complexes des autres.
Le pervers cherchera à masquer son vide en faisant illusion. Jamais reconnu lui-même comme être humain, il a été obligé de se construire un jeu de miroirs pour se donner l’illusion d’exister. Il reste construit sur du vide, il va se « brancher » sur l’autre, essayer d’aspirer sa vie, comme une sangsue pour le vampiriser. Les pervers ressentent une jouissance extrême, vitale à la souffrance de l’autre et à ses doutes, comme ils jouissent d’asservir et d’humilier l’autre. Insensibles, sans affect, ils ne souffrent pas, l’autre n’est pas un double mais un reflet d’eux-mêmes. Pas présent au monde ils n’ont pas d’histoire, autrui n’existe pas, pas vu, pas entendu, seulement « utile ». Dans la logique perverse, il n’existe pas de notion de respect de l’autre.
A la différence du paranoïaque, il connaît bien les lois et les règlements de la vie en Sté, et jubile à en mieux les contourner et les défier. Grand séducteur dans un premier temps, il prendra le pouvoir dans le lien à l’autre sans recourir à la force comme le paranoïaque. Son but est de dérouter l’interlocuteur, en lui montrant que son système de valeurs morales ne fonctionne pas, et de l’amener à une éthique perverse. Attaquer avant d’être attaqué, si la séduction ne marche pas le pervers va aussi recourir à la force, prendre les devants, avant de se sentir attaquer, l’autre doit être détruit parce qu’il est dangereux. Tout ceci correspond à un aménagement qui permet d’éviter l’angoisse en projetant là aussi tout ce qui est mauvais à l’extérieur. Se protéger en attaquant pour ne pas se désintégrer psychiquement. A la place de la culpabilité naît l’angoisse psychotique, insupportable qui est projetée sur le bouc émissaire ciblé avec violence.
Sa manière morcelée de réagir, il a dû l’apprendre dès l’enfance, pour se protéger en séparant en lui les parties saines des parties blessées. Ce clivage continue, son monde est divisé en bon et en mauvais. Pour apaiser les tensions intérieures, la haine est projetée sur une cible devenue proie. Cela ne l’empêche pas de se montrer d’une compagnie très agréable par ailleurs. Déni, projection, clivage, haine destructrice dans la jouissance, défi des lois, délit par les transgressions tels sont les mécanismes qui caractérisent la structure perverse.

Le pervers sexuel considéré comme responsable de ses actes par la loi est nommé par la psychiatrie moderne de paraphilie et non de perversion. Nous compterons parmi ces comportements déviants : le fétichisme, le voyeurisme, l’exhibitionnisme, le sadisme, le masochisme, la pédophilie, la nécrophilie, la zoophilie, etc.(Toutes ces notions sont issus du livre : le harcèlement moral, de Marie-France Hirigoyen)

ECLAIRAGE ANALYTIQUE DE CETTE STRUCTURE :

Freud a défini l’enfant comme « pervers polymorphe », ce qui sous entend que nous avons tous été pervers. En effet, de façon amorale, l’enfant jouit de tout son corps, orifices compris. Pris dans les interdits de l’éducation, il va instituer son instance morale vers 5 ans et va intégrer les 3 interdits majeurs : l’inceste, le cannibalisme, le meurtre.
La découverte par Freud de la sexualité infantile doit beaucoup aux perversions.

Ce que nie le pervers, ce qu’il désavoue, c’est que le manque puisse être la cause du désir. Pour lui, c’est la présence du fétiche qui cause le désir.

Par le fétiche, il dénie le manque de pénis chez la femme en ayant de la différence des sexes une conception qui lui est propre. « Il dénie le manque et l’accepte à la fois, mais il en fait une « réalité », une présence. » Jeanne Lafont psychanalyste, topologue.

L’expérience primordiale de l’enfant, lors de sa rencontre avec la question du sexe est profondément traumatique. Après la découverte puis la reconnaissance par le garçon, d’une autre manière pour la fille des 2 catégories d’être : ceux pourvus d’un pénis et ceux qui ne l’ont pas, la stupeur et l’effroi qui connotent cette découverte détermine chez le garçon la crainte d’une castration dont l’exécution est traditionnellement attribuée à la fonction du père. Puis l’enfant refuse, déni la représentation du manque pour combattre l’angoisse et la menace de castration donnée par le père.
Désaveu et méconnaissance de la castration seront admis dans l’inconscient comme des compromis contraires favorisant ainsi un clivage subjectif. La jouissance perdue chez le sujet, proscrite par l’interdit de l’inceste fait partie de l’opération de la castration. C’est cette part que le pervers veut récupérer par le biais d’un objet de jouissance. Le névrosé va se mettre à désirer ce qui lui manque pendant que le pervers va réaliser par le fétiche : chaussure, brillant du nez, un objet concret, le désaveu de son manque pour mieux jouir par le biais de son fétiche.
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La perversité est caractérisée par l’amoralité, l’inaffectivité, l’indignité, l’impulsivité, la cruauté et l’inadaptabilité « . Dictionnaire le Larousse de la psychanalyse.
Ce qui est perverti c’est l’objet (l’autre) et le sens mis au même niveau, la « réalité » devient le maître.

Le pervers par le déni de la castration échoue à intérioriser la loi de l’interdit de l’inceste qui par contre le fascine. Il joue avec la loi, rêve de séduire ceux qui incarnent cette loi : le père, le juge, le gendarme, le curé, le manager.
Il jouit de la transgression de cette loi, provoque son défi. Il peut aussi la respecter avec application un certain temps, c’est selon.

Il va proposer sa loi, celle de sa jouissance, car il se veut au-dessus des lois et ceci sans aucune culpabilité. Le slogan de mai 68, « il est interdit d’interdire » est un voeu pervers dans le discours social idéalisé. Dénier la différence des sexes par l’utopie du « tous pareils », sans limite, placé sous l’injonction du jouir toujours plus comme le véhicule l’idéologie actuelle est une invite à réaliser nos désirs incestueux.
Désérotiser le sexuel, érotiser le non-sexuel par le fétiche nous fait penser que le pervers a horreur du sexe. Il réalisera ses noirs désirs en entraînant dans sa complicité une proie privilégiée : la femme hystérique.
Le névrosé va sublimer ses pulsions en passant à l’oeuvre, le pervers passera à l’acte.

Chantal Cazzadori, psychanalyste à Amiens et à Paris.

Bibliographie :

– Roland Brunner : « la psychanalyse expliquée aux managers », aux Editions Organisations.
– Marie-France Hirigoyen : « le harcèlement moral », chez Pocket.
– Dictionnaire de psychiatrie et psychopathologie clinique, chez Larousse

Cours dispensés à l’Université Jules Verne de Picardie, la DEP
Auprès des managers en formation diplômante, le DU en coaching,
Rentrée universitaire 2009-2010.