Qu’est-ce que la Psychanalyse ?

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Mon intervention sur « le management et la psychanalyse » implique d’emblée de se poser cette question : « qu’est-ce que la psychanalyse ? ». Au- delà de la théorie analytique que nous allons esquisser pour mieux comprendre le sens donné par Lacan au terme de structure psychique, c’est surtout de cette place d’analyste que je vous parlerai aujourd’hui, puisque j’ai longtemps porté les deux casquettes : celle de formatrice en ressources humaines, et celle de psychanalyste en libéral. Enrichie par 15 ans d’activité en cabinet conseil dans diverses organisations publiques, privées et territoriales, je vous donnerai donc, avec le recul pris, ma vision personnelle du rôle du professionnel en organisation.
Autant j’ai pu me servir d’outils psychologiques en gestion des conflits, communication, dynamique de groupe, autant, j’ai pu constater combien mon savoir faire était sous tendu par ma démarche personnelle d’analysante. Sans ce va et vient entre la pratique et l’analyse personnelle aurais-je obtenu les satisfactions liées aux résultats tangibles lors de mon passage dans une institution ou organisation du travail? Aurais-je tenu si longtemps mes engagements où ma créativité, mon accompagnement aux changements étaient de rigueur ? Si nous sommes un sujet divisé, c’est-à-dire agi et n’agissant pas seulement de façon rationnelle et prévisible, j’ai pu mettre à profit cette double connaissance de moi-même consciente et inconsciente. Aujourd’hui, je vais tenter d’en théoriser les fondements avec les outils issus du corpus analytique qui sont mes entrées dans le champ de la relation à l’autre, clinique ou tout simplement humaine et vivante.
C’est pourquoi je me dois de vous introduire la question de la psychanalyse comme préalable à une vision profonde de la relation à l’autre qui s’articule dès qu’il y a transfert de travail et prise de pouvoir, pouvoir au sens où j’apporte à l’autre une connaissance , un savoir faire et un savoir être, positions censées faciliter la formation au management du futur candidat.
La psychanalyse existe depuis plus d’un siècle, elle traverse la connaissance des sciences humaines ainsi que toutes les foudres. Elle déchaîne les passions, mise à mal, elle renaît de plus belle. Aujourd’hui accusée par les auteurs du « livre noir de la psychanalyse », et sujette à une normalisation par la commission européenne au même titre que les psychothérapies, si elle résiste, sa pratique peut s’avérer plus délicate aujourd’hui qu’hier. On a avancé plus de 500 psychothérapies inventées en moins de 100 ans. « Parmi les techniques reposant sur les seuls échanges verbaux, mentionnons l’analyse transactionnelle d’Eric Berne, l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers, la thérapie systémique de Gregory Bateson ayant donné la naissance à la plupart des thérapies familiales, la programmation neuro-linguistique de Richard Baldler et John Grindler, la psychologie individuelle d’Alfred Adler, la psychologie analytique de Carl Jung. Parmi celles qui associent conditionnement et exercices corporels, citons l’analyse bioénergétique d’Alexander Lowen, la gestalt-thérapie de Friedrich Perls, la thérapie primale d’Arthur Janov et le rebirth de Léonard Orr, cette dernière ayant la réputation sulfureuse des pratiques new age ». (2) Pierre Marie.
Alors comment faire la différence dans cette foison de procédés thérapeutiques qui permettent de guérir sans médicaments ? Deux grands courants se dégagent, issus des deux formes de pratiques religieuses ancestrales. Les techniques chamaniques et celles utilisant la méditation, toutes deux contenant des éléments hypnotiques.
Ces techniques ont des effets parce qu’elles tiennent compte des valeurs communautaires des patients. Aujourd’hui, le néolibéralisme génère une autre technique à la mode du nom de COACHING. Le lien des psychothérapies avec le néolibéralisme indique la fonction sociale légitime de ces formes modernes de l’hypnose, du chamanisme adaptées aux valeurs dominantes d’une société basée sur le culte de l’individualisme, de l’efficacité, du jouir vite et bien, de la performance dont le but suprême est la quête de l’avoir sous l’idéal d’un nouveau Dieu : l’Argent.

L’Endroit et l’Envers :

Freud parlait de la conscience comme d’une surface, le moi c’est la chose qui devient consciente en remontant à la surface par le jeu de mot. Le ça ou le pulsionnel, donc l’inconscient n’est pas la face opposée, l’envers du moi, au contraire, ces deux faces communiquent bien entre elles et finissent par se fondre quand le sujet est en phase avec son désir profond, momentanément serein, sans conflit.
La différence essentielle avec toutes les psychothérapies évoquées ci-dessus c’est la prise en compte du clivage de la pensée chez l’individu soumis à son inconscient, trésor de sa personnalité, potentiel toujours en activité qui freine ou interagit positivement sur la direction donnée à sa vie. C’est dire l’importance de cette instance, ce lieu secret, qu’est l’inconscient qui peut nous jouer de bons et mauvais tours.
La base du travail psychanalytique consistera à vaincre nos résistances pour approcher et laisser émerger les mots qui nous font nous rencontrer en racontant notre histoire dans laquelle nous trouverons de mieux en mieux notre place, rôle et fonction.

Pourquoi commencer par cette introduction dans le module connaissance de soi ?

Dans l’approche des styles de management sous l’éclairage de la psychanalyse, nous allons aborder les personnalités des membres dirigeants, selon leur disposition psychique dans la relation. En référence au livre de Roland Brunner, « la psychanalyse expliquée aux managers », nous découvriront par de nombreuse études de cas, que ces managers se présenteront et agiront avec leur capacité de désirer, d’aimer et de jouir différente et propre à chaque STRUCTURE psychique. Ces modes de désirer, d’aimer et de jouir se distingueront par le concept de structure psychique de celui du caractère qui renverrait à une typologie des comportements qu’il est nécessaire de connaître. Même si le manager n’est pas un psy, il exercera surtout à son insu un « sens clinique » plus ou moins juste dans son intérêt et celui de l’organisation qu’il représente.
Afin d’affiner notre regard clinique sur notre perception et celle des autres dans ce domaine de la psychologie humaine, nous irons réfléchir sous l’égide de la psychanalyse, à ce qui se joue dans la relation d’aide, de pouvoir, de savoir, avec son alter ego, surtout du côté de ce qui nous échappe, perturbe et dérange.

La préhistoire de la psychanalyse :

Pour revenir à notre sujet : « qu’est ce que la psychanalyse ? », nous allons brièvement en cerner sa naissance, son héritage, ses auteurs.
Nous pouvons dire, qu’il s’agit d’une découverte prétendant rabattre le narcissisme du moi, le détrôner de sa toute puissance, lui infliger une humiliation en reléguant la part consciente du sujet à sa soumission à l’inconscient, une hypothèse freudienne, hardie et dérangeante.
Freud, dans son souci de convaincre et de persuader, se présente comme un chercheur, qui par ses observations faites auprès des Hystériques de l’époque, (1885-1889), va soutenir dans sa démarche scientifique et historique la réalité psychique de l’inconscient.
Le moi du sujet, sa conscience élabore des stratégies pour se défendre contre l’angoisse, une sorte de peur, sans en savoir la raison, la cause, s’agirait-il alors de la peur de l’inconscient ? de ce qui nous échappe, nous gouverne à notre insu ? Oui, dira Freud, le psychisme ne se réduit pas à la conscience. Il aura cette phrase éloquente :

 » le moi n’est pas le maître en sa demeure », en effet, comment le moi pourrait-il être le maître de ce dont il n’a pas conscience ?
Dans sa première topique (de topos, lieu), première théorie de l’appareil psychique, Freud propose trois lieux différents :

– l’inconscient,
– le pré-conscient,
– le conscient, en conflit entre eux dynamiquement et utilisant chacun une énergie spécifique selon une certaine économie.

Les trois grands registres de la métapsychologie freudienne (I915) sont en place, sous l’appellation des registres : topique, économique et dynamique.
Théorie élaborée grâce à sa découverte précédente : l’hypnose qu’il va abandonner car elle crée une dépendance au maître, un transfert qu’il est nécessaire de défaire.

En I920 dans, « au-delà du principe de plaisir », il inventera :

– la pulsion de vie
– la pulsion de mort

Tout en soutenant l’origine du sexuel dans le moi différent du premier moi de la première topique davantage lié à la question du désir.

En I930, le moi, le ça et le surmoi seront les éléments de son troisième remaniement théorique. Lacan se servira des concepts d’inconscient, du moi et surmoi pour articuler son propre discours théorique issu de la relecture freudienne.

Au temps de la découverte de la psychanalyse à l’écoute de l’inconscient, Freud nous enseigne qu’il est cause du symptôme, du rêve, de l’acte manqué, ou du lapsus, autrement dit des formations de l’inconscient. L’homme fort de sa volonté de maîtrise, cherchera en vain à oublier, refouler, pour ne rien vouloir en savoir, comme s’il était son propre ennemi. Freud lui-même a résisté à la découverte de l’inconscient en rencontrant bien des obstacles qui s’avéraient être d’abord les siens.

Dans sa préhistoire, la psychanalyse n’est pas née toute faite dans la tête du chercheur, son héritage passe par sa rencontre avec Charcot en I885, clinicien et neurologue français (I825-1893) à la Salpêtrière à Paris, dont il traduira les leçons sur les maladies du système nerveux après avoir assisté à la présentation des grands cas d’hystérie.
Charcot réhabilite l’hypnose dans une perspective expérimentale pour démontrer que les paralysies hystériques ne sont pas déterminées par une lésion organique mais par ce qu’il appelle une « lésion dynamique fonctionnelle » qu’il est possible de recréer sous hypnose. Ce ne sera pas dans un but thérapeutique qu’il utilisera sa méthode pour « défaire » les symptômes qu’il aurait provoqués artificiellement. Par ces découvertes du grand hypnotisme des maladies hystériques comme les états de la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme, il donnera un autre statut au sujet de l’hystérie qui retrouvera toute sa dignité. La malade n’est plus une simulatrice, et l’hystérie n’est pas le privilège des femmes, nous rencontrons aussi des symptômes hystériques chez les hommes.

La base « traumatico-dissociative » des névroses est posée et développée ensuite par Pierre Janet, Joseph Breuer et Sigmund Freud. Retrouver sous hypnose les souvenirs traumatiques de leurs patients tel sera le nouvel enjeu des chercheurs, médecin psychiatre, psychologue, neurologue de l’époque.
Si, sous l’effet de la parole le médecin pouvait provoquer et annuler des symptômes guéris sous hypnose, Freud tirera l’argument qu’il devait exister en chacun de nous, une partie clivée, non accessible directement par la conscience. De même, il constatera la conversion somatique des pensées morbides créant des phénomènes hystériques étonnants sur le corps du patient. Le mal symptôme serait-il lié aux états d’âme des sujets souffrants ?

Le discours médical exclue radicalement l’inconscient, les signes sont plus importants que les symptômes qui renvoient à une cause anatomique, histologique ou biochimique alors que pour l’analyste, le symptôme renvoie au sujet et le représente. L’ordre du savoir est bouleversé par cette découverte insoutenable pour la pensée scientifique que la vérité du sujet, le sens inconscient de son désir, son clivage essaieront de se faire entendre, d’insister par la voie du symptôme. Double scandale quand il s’agit d’admettre que cette vérité recouvre la question du sexe à l’insu du patient. Charcot murmurait à ses élèves : « c’est toujours la chose génitale, toujours.. ». (1)

Freud infligera à l’humanité une troisième blessure narcissique en déduisant non pas la conscience comme le lieu véritable de la pensée, mais l’inconscient comme primauté d’un lieu de la vérité du sujet décentré lui aussi.
Après Copernic et Darwin, ce décentrement est insupportable pour l’être humain qui se croyait au centre de l’univers, or c’est bien la terre qui tourne autour du soleil et pas l’inverse. Puis les découvertes darwiniennes démontreront notre filiation avec nos cousins les singes suivies par le :
– « je pense là où je ne suis pas, je suis là où je ne pense pas »,
que confirmera Lacan pour accentuer ce décentrement en réplique au cogito de Descartes : « je pense, donc je suis ».

Deux ruptures s’annonceront dans le champ du savoir avec la psychologie qui affirme le primat de la conscience et la philosophie qui travaille le concept de « sujet pensant ». Nous distinguons bien là la spécificité de la psychanalyse à l’écoute de l’inconscient par l’élévation du statut de la parole, des mots pour dire son conflit intra-psychique.
Ce sera par l’introspection subjective de son histoire personnelle, que l’on pourra passer de la logique du raisonnement de la quête du sens, du sérieux, à l’énigme posée par son symptôme pour dire son dysfonctionnement, sujet à des somatisations plus ou moins graves.

Psychanalyse et société :

La guerre des psy se rallume régulièrement depuis un siècle, signalant à qui veut l’entendre la fin du rapport de l’esprit et du corps, préconisant là d’avaler la pilule du bonheur, ou ailleurs de suivre quelques séances de suggestion néo-pavlovienne, donc de trouver des formules ou remèdes miracles au malaise humain. Accusée de charlatanisme, prise pour une mythologie de l’esprit sans preuve scientifique, les résistances à l’analyse et le rejet qui s’ensuit soulignent une fois encore que cette méthode s’emploie à mettre au jour ce que chacun s’efforce de cacher et de se cacher car cela est étrangement inquiétant pour un grand nombre de gens.

La psychanalyse n’a pour vocation ni de réformer ni de révolutionner la Sté.
Elle écoute et témoigne ce qui du malaise social passe, se donne à entendre dans le discours des patients. Une plainte, l’expression d’une angoisse, d’une détresse plus ou moins liée aux effets du capitalisme, aux valeurs politiques sociétales seront analysés à la lumière d’une perception subjective construite lors des premières années de son développement. Dans la mesure où une analyse conduit le sujet à retrouver sa propre parole, à parler en son nom, à construire son espace et sa place davantage en phase avec la vérité de son désir, alors oui, on peut dire que le sujet est apte à manifester un refus des formes séculaires de soumission.
Les conceptions analytiques s’affinent avec les changements inhérents à une sté en mouvement et ne doivent en aucun cas se présenter comme des dogmes intangibles, prophéties ou pronostics négatifs.
Vivre mal sa vie, ne pas s’y retrouver, répéter des actes qui ne sont pas ceux que nous souhaitons profondément peut faire l’objet d’une demande d’analyse comme pratique fondée sur le langage, la parole d’un sujet qui s’est lui-même constitué par la langue, les discours divers, parentaux et ceux de l’environnement.

L’analyse ne soigne pas, ne guérit pas, car ceux qui viennent s’y confronter ne sont pas considérés comme des malades, mais plutôt comme des insatisfaits de la relation à eux-mêmes et aux autres. Le retour sur l’infantile par le suivi d’une cure dégage la prise de conscience de la toute puissance du sujet, de sa jalousie, de son désir de meurtre, de mort de l’autre, positions qu’on retrouve dans la rentabilité économique de la sté. L’égocentrisme, le narcissisme, le mépris de l’autre que nous percevons à l’œuvre dans notre développement psychique où le principe de plaisir voulait être « roi » semblent devenir des « qualités » d’une société « infantile » au système économique loin de toute notion d’intimité ou de culpabilité, accentuant chez l’individu sa déresponsabilisation. Nous ne sommes pas surpris qu’il faille alors avoir recours à des techniques de communication et de management qui responsabilisent les sujets inhibés, maladroits, non motivés, stressés, démunis pour mieux faire face aux changements incessants d’une société tendue par des enjeux essentiellement économiques au mépris de l’humain.

Les leviers du traitement analytique :

La suggestion de la réussite de l’hypnose a été abandonnée par Freud. Vingt cinq ans plus tard, il comparera l’état amoureux à la relation hypnotique où l’hypnotiseur est mis à la place de l’idéal du moi. La méthode cathartique qui suivra, permettra au patient de libérer ses affects par la libre association de sa pensée.
– La règle analytique s’inventera dans la talking cure induite par la patiente de Freud qui s’offusquera, trop soumise à son gré aux questionnements de son maître, en lui demandant de la laisser parler sans l’interrompre. Freud aura alors l’idée géniale de l’encourager à dire tout ce qui lui passe par la tête, sans censure ni tabou. Telle sera ainsi énoncée la règle analytique grâce à sa patiente hystérique qu’il aura su écouter.
– l’attention flottante consistera pour l’analyste de se laisser éveiller, surprendre par les mots, lapsus, bizarreries, silences, rêves et trébuchements du discours spontané du patient.
– La dimension transférentielle devra s’établir au mieux dans la relation de confiance entre le patient et son analyste ce qui favorisera la confidence.
L’amour de transfert que Freud a manifesté pour Charcot peut se lire ainsi dans sa correspondance à sa fiancée : « aucun être humain ne l’avait jamais autant affecté ».
Freud a ensuite construit les théories de l’appareil psychique en écrivant à son ami Fliess de 1887 à 1904, soit une quinzaine d’années, pris dans un transfert qui nous indique la relation au savoir de l’autre, là pour écouter, le comprendre, l’aimer. La première analyse a demandé un transfert d’amour sans lequel Freud n’aurait pu s’analyser au moyen de ce qu’il apprenait de lui du dehors, avec un autre, ici son ami Fliess, « sujet supposé savoir », mis à cette place comme lieu de l’Autre. Freud peut investiguer seulement parce qu’il s’adresse à un autre, ce transfert des mots d’un lieu à l’autre est la condition de l’analyse.
« Nous transférions sur eux (les professeurs), le respect et les espoirs que nous inspirait le père omniscient de notre enfance, et nous nous mîmes à les traiter comme nous traitions nos pères à la maison. » c’est ainsi que Freud analysait le transfert.
– Le temps est un élément incontournable pour que se déploie une cure. Afin d’élaborer, de perlaborer sa problématique, le patient va passer par les trois temps logiques sachant qu’un travail en profondeur va le conduire vers un temps pour voir, un temps pour comprendre, un temps pour conclure. Des opérations psychiques qui donneront des séances dites pleines, riches, étonnantes et d’autres plus vides voire silencieuses. Le sujet soumis à ses résistances ira à son rythme pour ne pas décompenser ou fuir la situation.

Pourquoi la demande va vers des thérapies courtes et efficaces ?

Dans une sté où le rapport au temps est speed, nous ne donnons plus du temps au temps, car comme tout est monnayable, il faut aller vite. Ce n’est pas le rôle du psychanalyste d’accompagner les gens dans leur malheur, c’est davantage celui des curés et des psychothérapeutes. Artisan qui pratique à la fois l’archéologie et la chirurgie de l’âme, et pas du cerveau, « l’analyste n’est pas un démagogue qui va modifier les concepts pour qu’ils deviennent audibles au plus grand nombre. » dira Jean-Pierre Winter. (3) Il ne s’agit pas de s’adapter au système pour accompagner les mouvements sociaux mais d’interpréter sans concession ce qui se joue pour le sujet dans son désir. Une opération de retranchement pas très confortable que l’analyste prendra le risque d’effectuer, retranchement de l’autre en l’autre, mais aussi retranchement de l’autre en soi. Dire ce qu’on a à dire et pas ce qu’il faudrait dire, reste la garantie d’une parole pleine dans un lieu encore possible , celui du cabinet du psychanalyste qui peut devenir un lieu de résistance par rapport aux exigences d’adaptation au système politique, social et familial bien établi.

Accélérer le temps nécessaire pour une analyse témoigne d’une autre forme de résistance à l’analyse, pourquoi ?

Le thérapeute qui se place en position de savoir pour le patient, de maître, va renforcer les défenses du sujet qui attendra la solution à son malaise pensant que la cause n’est pas en lui mais extérieure à lui, autrement dit il n’y est pour rien. Celui qui positionne le thérapeute en maître tout puissant, appelé le « grand Autre non barré » chez Lacan, n’est pas prêt à s’autonomiser et devenir parlêtre, à savoir : sujet de sa parole.
La pratique analytique dit non à l’accès direct de la vérité du sujet, oui, à sa division et au respect du temps nécessaire pour trouver à son insu et par lui-même la vérité de son désir. Les thérapies courtes ne s’intéressent pas aux causes, au pourquoi de la difficulté mais davantage au : « comment faire ici et maintenant », pour vite chasser son symptôme sans décrypter le signe qui nous révèle en nous représentant.
Protocole de rééducation des conduites, la psychothérapie en générale tendrait à astreindre les sujets à se plier aux normes d’une communauté donnée. Mettre le patient sous une conception du monde, en latin mettre sous = sub gero qui a donné suggestion.
Nulle aversion de la psychanalyse à l’égard des religions au sens large et des psychothérapies actuelles, l’homme ne pouvant s’empêcher de disposer d’un système de croyances qui organise son monde et ses conduites, suscite le respect de ces idéaux.
La psychanalyse n’est pas une vérité sur les pratiques humaines, elle procède par hypothèses qui sous-tendent ses théories revues, remaniées au fur et à mesure de son avancée.

Les problèmes posés aux responsables d’équipes :

Aux prises avec les problèmes de communication, des conflits des personnes, des cas d’harcèlement moral ou sexuel, les DRH, consultants, coachs, psychologues et médecins du travail, managers et toute personne impliquée dans le champ relationnel de l’entreprise ou d’une organisation au sens large, se trouvent souvent désemparés devant les difficultés managériales à résoudre. Des qualités personnelles d’écoute, de questionnement, de remise en cause favorisées par un travail sur soi ou de développement personnel sont vivement recommandées. Pris dans la relation transférentielle, leur intuition leur permet parfois d’entendre, au-delà du dire, du sens logique, les propos implicites des personnes en demande de formation ou d’expression de soi.
Inconscient, résistance, défense, fantasme, censure et transfert seront des notions à prendre en compte dans l’approche relationnelle des hommes, pour mieux aborder leur demande de changement, de revendication ou leur plainte. L’effet du coaching sera thérapeutique, pris dans la suggestion, l’idéal du moi, la relation transférentielle, et, le sujet croyant dans la confiance de son guide améliorera ses aptitudes aux changements.
Jamais à l’abri d’une séduction, manipulation, influence négative, le coach devra rapidement dépister ses postures dans l’analyse de son contre-transfert pour éviter à l’un comme à l’autre une forme de servitude volontaire.

Chantal Cazzadori
Psychanalyste à Amiens et à Paris.

Bibliographie :

(1) Chawki AZOURI « à l’écoute de l’inconscient » p. 23 – Edt Marabout I993
(2) Pierre MARIE, revue hors-série du nouvel observateur « la psychanalyse en procès » oct-nov 2004. p. 54
(3) Jean-Pierre Winter, revue hors-série « ibid » entretien, p. 20-21

Chantal Cazzadori, psychanalyste en libéral,
2ème Intervention : année universitaire 2009-2010 à la Dep (Direction d’Education Permanente), après d’un public de managers en formation diplômante, le DU en coaching.