L’hystérie

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L’hystérie : le langage du corps par le corps et le donner à voir.

Sans l’hystérie, la psychanalyse n’aurait pas vu le jour. Nous continuons à apprendre avec elle car elle est hors concept, elle veut échapper à tout cadre, n’hésitant pas à défier notre savoir. Rebelle, revendicative, créative, transgressive, elle poussera les frontières du questionnement. Freud lui-même a été dérouté et initié par une patiente appelée Anna O qui lui demanda de se taire avec toutes ses questions et de la laisser parler. Ainsi est née la méthode des associations libres, la cure par la parole.
A la fin du XIXe siècle, Charcot ne peut rattacher l’hystérie à la neurologie, car il est impossible de localiser une lésion. Sous hypnose, Freud va découvrir l’existence d’un trauma psychique de nature sexuelle, survenu pendant l’enfance, et dont les réminiscences inconscientes sont à l’origine du symptôme. Il va introduire la notion de conversion comme « saut du psychique dans l’innervation somatique », impliquant une correspondance entre la parole et le symptôme, il appellera ce phénomène l’hystérie de conversion. Comment se présente-t-elle ? Des symptômes psychomoteurs, sensoriels ou végétatifs constitueront les phénomènes de conversion (troubles visuels, auditifs, céphalées, vomissements, contractures, grossesse nerveuse etc. proches de la spasmophilie, de la crise épileptique parfois. Ces troubles miment des fantasmes, ou même des attitudes orgastiques.
Chez l’homme hystérique, une forme fréquente de conversion est la névrose post-traumatique, décrite après la première guerre mondiale qui surviendra aujourd’hui après un accident routier ou de travail. La dépression chez l’hystérique peut aboutir à des tentatives de suicide, parfois réussies.
Freud, dans sa théorie première, posera le problème en terme de « surplus d’excitation » d’énergie. En I895, il parlera de traumatisme psychique, le souvenir du choc, devenu autonome, agit alors à la manière d’un « corps étranger » dans le psychisme. Voilà les réminiscences qui font souffrir l’hystérique, car l’affect lié à l’accident causal n’a pas été abréagi, c’est-à-dire, n’a pas trouvé de décharge d’énergie par voie verbale ou somatique, parce que la représentation psychique du traumatisme était absente, interdite, insupportable. La névralgie, la contracture, l’anesthésie sont passés par la zone corporelle pour dire par ce symptôme le refoulement d’une représentation inconciliable avec le moi du sujet.
Freud décèle chez l’hystérie une sorte d’appel du corps là où une représentation refoulée viendrait s’y loger. Il y a rencontre du corps biologique et du représentant pulsionnel qui est de l’ordre du langage. Le symptôme est donc un message ignoré de l’auteur qui s’inscrit en hiéroglyphes sur un corps malade car parasité.
Qu’en est-il de la personnalité hystérique ?
Dans sa symptomatologie hystérique elle rencontrera des difficultés de relation sociale. Théâtrale, mythomane, désirant plaire et séduire, son comportement va altérer ses rencontres. En quête de modèles qu’elle recherchera dans des personnalités célèbres, son besoin d’attirer l’attention et son manque de naturel susciteront le rejet. Habile à dévoiler les défauts et les désirs cachés des uns et des autres, elle masquera mal son agressivité inconsciente. Sur le plan sexuel, elle contrastera avec des attitudes de séduction, d’hyper-expression érotique qui d’ailleurs pourront faire peur au partenaire, ou, d’une frigidité dont elle se plaindra moins que celui-ci. Sous prétexte de migraine, règles prolongées, difficultés de contraception, elle évitera les relations sexuelles. Ces troubles font également partie de sa symptomatologie, « à l’heure du mari », elle n’est pas disponible pour les gratifications sexuelles, à son heure à elle, le mari est forcément impuissant puisqu’il aura le sentiment que son érection répond à un ordre donné par sa femme.
Chez l’homme, dans sa quête d’amitiés masculines passionnelles, il témoignera de ses troubles d’identité sexuelle, voire d’une homosexualité latente.
Chez l’hystérique homme ou femme se cache un fantasme bi-sexuel que l’on pourrait traduire ainsi : « suis-je un homme ou une femme ? » telle sera la question propre à l’identité sexuée.

Freud constatera que ce n’est pas la théorie de la séduction comme il le défendait au départ qui produirait une symptomatologie hystérique, (les pères seraient alors tous des séducteurs de leur fille, à en croire le discours des l’hystériques en cure). Freud abandonnera la réalité historique de cette séduction pour dire que ces scènes de séduction sont le produit du désir de l’hystérique, c’est elle qui inconsciemment désire être séduite. Toute la portée du désir inconscient voit le jour par cette théorie du désir oedipien dont Dora sera le cas princeps.
Dans ces questionnements identitaires : « qu’est-ce qu’une femme ? qui est le plus fort ? qui est l’homme ? se cachera sa problématique du refus du féminin, de son être manquant, ni toute, ni pleine, ni comblée, mais bien en manque de son double, prise dans une différence.
Son refus profond d’être femme sera soutenu par son regard négatif sur l’homme pris à défaut, insatisfaisant, jamais à la bonne hauteur. Incapable de la combler, (d’être sa moitié, son idéal), elle préfèrera attendre son prince qui ne viendra jamais. L’insatisfaction est sa quête inconsciente, pour maintenir son désir toujours actif de peur de ne pas être déçue par la réalité de l ’ autre , limité, différent, dans l’hétérogène à savoir : la différence sexuée ou des sexes non niée.
Nous avons vu que le refoulement comme mécanisme de défense fondamental dans la névrose permet au sujet d’oublier les désirs et les actes interdits par l’instance morale, appelée surmoi. Les difficultés d’identification aux deux parents, (masculinité chez la femme, féminité chez l’homme), les difficultés de résolution du complexe d’oedipe bien que refoulées resteront actives d’où les troubles qu’elle présentera dans ses symptômes.
Que veut-elle dans sa rébellion, transgression, son rapport difficile à la loi ? l’ amour sera sa carte à jouer à la place de celle du désir . Elle semble en effet vouée corps et âme à porter le drapeau de l’amour. Sa blessure narcissique serait son absence de pénis qu’elle calmerait en portant un enfant d’un homme aimant qui se reconnaîtrait lui aussi comme manquant, ne voulant pas la combler, lui faisant don de son amour qui pourrait la « guérir ».
Dans notre société moderne, sa stratégie subjective sera « virile », prendre le pouvoir en occupant des postes de responsabilité, à côté des hommes, contre les hommes, le substitut phallique (l’enfant) étant relayé par le pouvoir professionnel. Avoir un enfant, avoir le pouvoir, deux positions difficiles à mener de front aujourd’hui qui mettront à contribution dans le meilleur des cas leur partenaire.
La structure hystérique concerne aussi les hommes. Si l’hystérie féminine prend de plus en plus fréquemment une stratégie virile dans nos sociétés et nos entreprises, l’hystérie masculine s’affiche plus facilement aussi et se remarque. L’homme, dans le désir de l’Autre, cherche à séduire, parfumé, vêtu de couleurs vives, facilement dans le contact, il va cliver sa relation, davantage campé dans une posture féminine. Deux versions se remarquent aujourd’hui : version virile, version efféminée. Très virilisé, on le retrouve en salles de sport, « phallicisé » par une musculature d’envie prêt à s’exhiber sur les scènes de son choix. Plus efféminé, l’homme prendra par ex. le rôle de la femme à la maison, perdant parfois son sens de l’identité, se demandant lui aussi :
« qui suis-je ?, un homme ou une femme ?.
Son symptôme pourra se manifester autour de la sphère sexuelle, là où sa problématique « homosexuelle » sera plus ou moins marquée dans ses choix de femmes, (compagnes viriles, autoritaires ou androgynes), bi-sexuel, hétérosexuel, l’homme hystérique sera confronté à une problèmatique désirante de nature homosexuelle. Féminisé dans son rapport identificatoire à sa mère qui ne reconnaît pas son mari dans sa virilité, s’adressera à son fils comme substitut du phallus qu’elle n’a pas. Elevé comme une fille, non désiré comme garçon, pouvant remplacer le père, tous une série de possibles que seul le sujet aura à décrypter dans son histoire pour sortir de son impasse virile.
Nous pouvons dire que l’hystérique est hystérique car ils, elles, n’ont pas pu faire leur, le sexe de leur corps.
La façon d’aimer, de jouir, de désirer sous tendue par un fantasme sera différente dans la structure obsessionnelle. « La naissance du fantasme, ce véritable organisateur de l’inconscient, est lié aux toutes premières expériences du sujet humain. » Lucien Israël.
Chaque névrose renvoie à son rapport à la réalité, à l’identité traduit par l’angoisse dite de castration, une autre approche des mécanismes qui sous-tendent la structure psychique du sujet.

Chantal CAZZADORI,
Psychanalyste en libéral, à Amiens et à Paris.

Bibliographie :

– Chawki Azouri : « la psychanalyse à l’écoute de l’inconscient », Editions Marabout.
– Lucien Israël, « l’hystérique, le sexe et le médecin. » chez Masson.
– Roland Brunner : « la psychanalyse expliquée aux managers », Editions d’ Organisation.