La névrose obsessionnelle

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Chantal Cazzadori Psychanalyste L'effroi du Néo-management
LA NEVROSE OBSESSIONNELLE : « l’enfer du DEVOIR » (1)

Une autre forme de névrose, de structure, encore appelée névrose de contrainte, stigmatise parfaitement la complexité des processus de pensée mis en jeu dans des défenses forcées pour éviter le conflit psychique. Le sujet va mettre à jour ses propres fantasmes de toute-puissance, par une compulsion de répétition particulière. Soumis par un surmoi rigide, il va accomplir des actes pénibles, des rituels quasi-religieux. Son espace psychique sera dominé de plus en plus fréquemment par la rumination mentale, le doute et des inhibitions de toutes sortes. Heureusement, la faculté de communiquer avec le thérapeute restera intacte pour transférer et déployer par ses dires sa souffrance d’exister ainsi.

« Contrairement à l’hystérique qui se fait mal accepter par l’idéologie ambiante, au contraire, l’obsessionnel passe inaperçu, docile, soumis à l’ordre établi du savoir. » (2) Chawki Azouri

On le trouvera à des postes de contrôle, dans la bureaucratie, la finance, car il aime classer, mettre de l’ordre, répertorier, compter l’argent, activités dans lesquelles il excelle.
Il cherchera à éviter tout imprévu, sera méticuleux, soucieux de l’ordre, exemplaire par sa régularité, garant de la LOI. A la colère vite oubliée de l’hystérique, il opposera un caractère neutre, peu expressif. Il se débat en fait avec ses pulsions anales comme chacun d’entre nous, à la différence qu’il en fait son mode systématique de défenses contre des pensées interdites.

Contrairement à l’hystérique, indifférent à son symptôme, l’obsessionnel en souffre. Le refoulement a échoué dans la ce type de névrose, l’hystérique oublie par la conversion de l’affect dans son corps ce qui la perturbe réellement, l’obsessionnel va multiplier ses défenses pour maintenir le refoulé vaille que vaille, toujours prêt à jaillir, ce qui va l’épuiser. Pour tenter d’isoler la représentation refoulée, détachée de son affect, il sera dans l’excès de bonté, gentillesse, sollicitude etc. Plus abstrait que l’hystérique, il ne présente pas d’affect, dit ne rien ressentir, la pensée reste son champ d’érotisation. La psychiatrie moderne parle de troubles obsessionnels compulsifs appelés couramment des TOC.

Son fantasme « s’organise autour de sa propre élimination au profit d’un Autre tout-puissant dont il n’est que le déchet » Chawki Azouri. (2)
Il ne vise pas la mort de l’Autre mais la sienne, contrairement aux idées reçues. Manipulé par sa mère, mis à une place d’un idéal de son désir, instrumentalisé, il refuse d’être son phallus.
Aux prises avec l’impossible de son désir il va s’acharner à se détruire (pulsion d’auto-sadisme). Face à une mère ambivalente à son égard, qui l’a adoré puis laissé tomber, il n’a de cesse de maintenir un équilibre infernal pour dresser des barrières contre cette mère incestueuse si exigeante. Alors que l’hystérique essayait de répondre à la question de la différence des sexes, préoccupé par sa bisexualité, l’obsessionnel sent son existence menacée face à la demande de l’Autre. Pour échapper à ce pouvoir là, il se trouve contraint de s’identifier à ses excréments, se sentir « moins qu’une merde », afin d’échapper au pouvoir absolu de l’Autre vécu alors dans son fantasme comme tout puissant. Il cherchera à s’éliminer pour éviter d’être sous l’emprise de l’Autre, redevenant de nouveau son jouet. Il a la haine de son désir, armé d’un surmoi fort, rigide, effrayé par ses pulsions qui le menaceraient à tout instant de relâchement. En fait il se refuse d’être l’objet de jouissance de sa mère. Quelle place tient son père dans ce trio ? Discrédité, incapable de lui apporter de la satisfaction dira-t-elle, ce père est tapi dans l’ombre. Sa présence même insignifiante pour la mère qui le disqualifie, empêche l’obsessionnel de tomber dans la psychose car il y a du père.

Suis-je mort ou vivant ? Telle est souvent sa question. Il s’intéressera davantage à l’au-delà de la vie qu’à sa vie présente. Laisser une trace est une perspective importante à ses yeux. Ils, elles veulent qu’on parle d’eux après leur mort et autour de leur tombeaux. La personne obsessionnelle, plus souvent masculine que féminine, aime être aimée pour ce qu’elle fait, pour son œuvre. Sa jouissance se portera davantage dans une ritualisation de son activité que dans l’efficacité économique. Nous voyons bien une différence dans les modes d’aimer, de jouir et de désirer dans cette structure difficile à « traiter » par le thérapeute qui verra sa propre identité mise en cause. Dans une cure, le sujet, veillera à ne pas laisser passer des paroles imprévues ce qui met souvent en échec la règle des libres associations pour aller vers l’inconscient, soit le retour du refoulé. Vouloir tout bloquer, figer, contrôler tel sera son fantasme, défenses contre son angoisse destructrice.
Dans sa logique propre sous tendue par son fantasme, il adoptera lui aussi des stratégies d’échec incompréhensibles.
Freud dans sa célèbre étude de cas : l’Homme aux rats, il rend hommage à l’intelligence de son patient qui a contribué à mettre de la clarté sur notre regard clinique de cette névrose invalidante. (3)

Chantal CAZZADORI,
Psychanalyste en libéral à Amiens et à Paris.

Bibliographie :

– (1) Denise Lachaud, psychanalyste : « l’enfer du devoir, le discours de l’obsessionnel » Chez Denoël, l’espace analytique.
– (2) Chawki Azouri : « la psychanalyse à l’écoute de l’Inconscient » Marabout
– (3) Freud : « l’homme aux rats. Journal d’une analyse (I909) Paris, Puf I974.