Différences des sexes, sexualités et cécité comme symptôme

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Détail du temple d'Abou Simbel, Egypte

Détail du temple d’Abou Simbel, Egypte

Quand nous parlons de sexe ou de sexualité, couramment nous pensons plaisir des corps sans contraintes avec notre mental. Cela doit nous arranger de croire que « le haut et le bas » n’ont rien à voir entre eux. Qu’entre la machinerie des plaisirs du sexe et la complexité du psychisme, il n’y aurait pas de rapport, seulement une affaire de techniques qui dysfonctionneraient ! Par conséquent, le recours à un spécialiste tel un sexologue ou un thérapeute du couple pourrait y remédier. Pas si simple…

Nous savons que la sexualité est un miroir social significatif de nos transformations et de nos modes de vie. La lutte des LGBT (lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres), susceptibles de « désacraliser » le sexe font prétendre à certains qu’une révolution anthropologique du genre – sans précédent historique des relations entre les hommes et les femmes – est en route. En effet, le débat qui touche la remise en question de la différence des sexes provoque des visions d’apocalypse. Dans l’actuel, nous constatons combien et comment des changements sont en route. Le Tribunal de Tours a ouvert la boîte de Pandore. Daniel Borrillo, juriste, propose que nous mettions carrément fin à la catégorie « sexe » dans les actes de naissance, pas seulement pour ceux dits de sexe neutre, comme vient de le faire le TGI de Tours à la demande d’une personne née avec une ambiguïté sexuelle, mais aussi pour tous ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans le sexe assigné à leur naissance (LGTB). En effet, le sexe apparaît comme le cas le plus strict d’assignation identitaire dit-il. Par conséquent, « les individus sont ainsi inscrits d’office dans ces catégories sexuées et ne peuvent échapper à leurs groupes que très difficilement du fait de la permanence du signe biologique de la différence des sexes. La mention race ou la religion a disparu des actes de naissance, pourquoi ne pas faire aussi disparaître celle de sexe plutôt que de créer une troisième catégorie, sexe neutre. Après tout, en quoi cela regarde-t-il l’Etat que l’on soit homme ou femme, ou ni l’un ni l’autre ? ». (Journal libération 22/10/15).

Maillot - jardin du Louvre

Maillot – jardin du Louvre

Pendant que le débat du troisième genre devrait faire débat de société comme le préconise le Parquet de Tours, Serge Hefez, poursuit le sien en faisant l’éloge du désir du neutre, en convoquant Barthes qui trouvait dans le neutre l’horizon qui pousse la pensée vers l’avant et le nouveau.
Est-ce un horizon envisageable quand il s’agit de sortir de la binarité sexuelle ?
Sommes-nous d’accord qu’en acceptant de « désacraliser » le sexe, nous acceptions pour autant que les sexes hétéros soient contestés ?
La différence des sexes est visée dans l’imaginaire sexuel et l’imaginaire politique qui vont bien ensemble. C’est ainsi que les avatars tels que les relations extraconjugales, la pédophilie, l’homosexualité, la contraception et l’avortement font l’objet de politiques publiques, qui soient les règlementent ou les proscrivent ou encore les encouragent dans leur pratique. Rappelons-nous, l’ampleur du mouvement de la manif pour tous, entre 125 000 et 400 000 personnes ont défilé à Paris dimanche 27 janvier 2013, pour soutenir le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux homosexuels.
De même, nous avons assisté à des rumeurs autour d’un supposé enseignement de la théorie du genre à l’école, ce qui a effrayé des parents qui ont appelé à retirer leur enfant, une fois par mois pour protester. Cette campagne des rumeurs aurait été lancée en janvier 2014 par un réseau d’extrême droite.

lgbtPetit rappel : la théorie du genre est née d’études américaines dans les années 70, des chercheurs s’intéressent à des hommes qui ont l’impression d’être des femmes et réciproquement, ils concluent que si l’on est biologiquement homme ou femme, les habitudes culturelles et les stéréotypes renforcent le genre. Pour certaines féministes, la société conditionnerait même les individus pour qu’ils soient hétérosexuels. La théorie du genre est alors reprise pour affirmer qu’il faut distinguer son identité sexuelle biologique de sa sexualité choisie.
Que ce soit du côté de Luis Georges Tin, disant que la culture hétérosexuelle a été inventée entre le XIIe et le XVIe siècle dans l’Occident Chrétien, puis comme Michel Foucault, et Judith Butler plus récemment le soulignent : « l’ensemble des catégories par lesquelles nous nous pensons et nous vivons comme êtres sexués et genres, homo, bi, trans ou autres, sont des créations culturelles, sociales et humaines », c’est exactement sur ce point que même si on ne naît pas homme ou femme, mais on le devient, que nous nous heurtons.

Nous, psychanalystes, n’avons pas la même approche dite culturelle et idéologique sur ces théories des identités acquises que seraient nos rôles stéréotypés ou culturellement induits.
Si nous précisons, nous pourrions dire que ce n’est pas en raison de notre culture, mais du fait que cet « être homme ou femme » passe forcément par quelqu’un, qui ait pu nous reconnaître comme tel que nous allons nous construire une fois l’identité biologique réalisée et nommée au féminin ou au masculin.
Le bébé lorsqu’il sort du ventre de sa mère, la première remarque après son cri le disant vivant, sera : « c’est un garçon! » ou « c’est une fille! ». Il est immédiatement inscrit dans cette première déclaration qui s’adresse à lui ainsi qu’à la mère. On voit bien que dès le départ, la question de la fille ou du garçon n’est pas qu’une question anatomique, même si elle repose sur la visualisation ou non de l’organe génital masculin, elle repose directement sur cette déclaration et la manière dont cela fait effet, écho pour la mère. Donc, l’enfant est pris dans un morceau de discours. On peut parler de « déclaration de sexe », est cela va raisonner dans le désir de la mère et du père pour en faire après coup, un homme ou une femme. Que l’on a été déclaré garçon ou fille, que l’on se soit ensuite identifié au désir de la mère ou du père, cela ne dit rien du choix d’objet que l’on fera plus tard. Et pourtant, on pourrait penser, ce qui serait plus simple, que puisque l’on est dans le désir de l’un et le désir de l’autre, ce serait la question de l’homosexualité qui se pose là. Hors il n’en est rien, cela ne fonctionne pas du tout comme cela… On peut très bien avoir été désiré garçon quand on est une fille et avoir des « caractéristiques » de garçon mais désirer des objets sexuels de l’ordre de la différence des sexes et vice et versa. C’est-à-dire que la question du désir de l’autre et éventuellement de l’identification du désir de l’autre ne dit rien de l’objet sexuel. Ce n’est pas sur l’identification homme ou femme que la question de l’objet va se poser.

Sculpture - Ivan Jestrovic

Sculpture – Ivan Jestrovic

Le film de Guillaume Gallienne : « Les Garçons et Guillaume, à table ! » nous en fait la démonstration. Dès son plus jeune âge, Guillaume est persuadé d’être une fille, notamment par des propos comme le titre du film. Sa famille, les personnes qu’il rencontre, sont convaincues qu’il est homosexuel. Le film narre les circonstances provoquées par ce quiproquo.
Publiquement, sur un média G. Gallienne confie qu’il joue son propre rôle, il explique que durant son enfance et son adolescence il est complexé par sa faiblesse physique. Il ne correspondait pas aux critères de masculinité de la famille. Sa mère le distinguant de ses frères, il en arrive à considérer ne pas être un garçon comme eux, et adopte des attitudes féminines. Il se prenait pour une fille. En dépression à l’âge de 12 ans, il parvient à s’en sortir en « trouvant sa voix » grâce à un phoniatre et en consultant un psychanalyste. Cet aspect de sa biographie fournit matière au film et précédemment à une pièce de théâtre écrite par Guillaume Gallienne de la Comédie Française.
On pourrait penser à une histoire de coming out à l’envers, à la fois drôle, émouvante et captivante.

Jardin du Luxembourg

Maillot – jardin du Louvre

Comment Freud dans sa construction théorique a posé la question du sexuel ?
Déjà en 1903 dans les trois essais sur la théorie sexuelle reprise en 1923 il mettait une sorte de tronc commun entre le garçon et la fille en soutenant et affirmant que de la libido n’aurait trait qu’à un sexe, le masculin. Une libido essentiellement de nature masculine donc, conformément à des lois. Il est parti d’une vision uniquement masculine/phallique de la sexualité, ce qu’on a cessé de lui reprocher. Il a décrit l’avènement du féminin à la suite des stades prégénitaux, oral, anal et phallique : « Au stade de l’organisation prégénitale sadique-anal – écrit-il – il n’est pas encore question de masculin et de féminin, l’opposition entre actif et passif est celle qui domine. Au stade suivant, celui de l’organisation génitale infantile, il y a bien un masculin, mais pas de féminin ; l’opposition s’énonce ici : organe génital masculin ou châtré. C’est seulement quand le développement, à l’époque de la puberté, s’achève, que la polarité sexuelle coïncide avec masculin et féminin. Le masculin rassemble le sujet, l’activité et la possession du pénis ; le féminin perpétue l’objet et la passivité. Le vagin prend maintenant valeur comme logis du pénis, il recueille l’héritage du sein maternel. » (1)

Milan - Exposition Universelle 2015

Milan – Exposition Universelle 2015

Mais quand apparaît pour la première fois la différence des sexes chez les enfants, garçon et fille?
Si la petite sous l’effet de l’excitation de sa libido se masturbe avec son clitoris comme le petit garçon avec son pénis, tout se complique quand une petite différence apparaît avec la vision réciproque que chacun obtient du sexe de l’autre. Freud prétend que le garçon sous la menace de la castration déjà perçue, prétend n’avoir rien vu (on est pareil, c’est le fameux déni de la castration), alors que la petite fille : « d’emblée elle a jugé et décidé. Elle a vu cela, sait qu’elle ne l’a pas, et veut l’avoir ». Les féministes n’en décolèrent pas encore aujourd’hui, dénonçant haut et fort, comment Freud mettrait en théorie les préjugés phallocratiques et bourgeois de son époque.
Ainsi pour Freud, la petite fille entre donc dans le complexe d’œdipe par le complexe de castration en voulant un enfant du père comme substitut de ce pénis absent. Le petit garçon quant à lui, sortira du complexe d’œdipe par le complexe de castration puisque cette menace fera barre à ses aspirations incestueuses. L’interdit est posé envers l’attrait pour la mère pour sauver son précieux pénis en la laissant tomber. Cette conception date historiquement. Freud n’arrive pas à sortir de cette équivalence entre phallus et pénis. Lacan en commentant son œuvre, en repassant par les signifiants de Freud, afin de mettre à l’épreuve leurs articulations, va élaborer la question du phallus autrement. Lacan n’a pas pour autant sous-estimé la question de la différence anatomique.

Si comme Guy le Gaufey nous le propose dans son livre, « la logique du pastout », nous pourrions regarder la question du masculin et du féminin, dans trois directions différentes, résumée ainsi :

La psychanalyse se réfère à la notion d’activité-passivité, car la libido serait toujours active, et comme telle désignée de masculine, même là où elle se donne un but passif.

Du point de vue biologique c’est la signification du biologique qui prime, la présence de l’ovule et du spermatozoïde permet la différenciation la plus claire.

La troisième signification, sociologique va se porter sur l’observation des individus existants.

Guy le Gaufey conclura ainsi : « Il s’ensuit pour l’être humain que, ni dans le sens psychologique, ni dans le sens biologique, on ne trouve une pure masculinité ou une pure féminité ».

Maillot - jardin du Louvre

Maillot – jardin du Louvre

Freud persistera et signera 22 ans après dans l’article :

« Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes », que les individus ont bien une constitution bisexuelle puisque la libido est de nature masculine mais se retrouve chez l’homme ou chez la femme de façon indépendante de son objet par hérédité croisée qui dispense de croire qu’il y ait une masculinité ou féminité pure sauf à considérer le plan biologique qui se différencie sur le mode spermatozoïde/ovule… »
Le concept de bisexualité est central chez Freud. Il y tiendrait comme loi biologique naturelle.

Lacan est intervenu dans cet embrouillamini entre logique et sexes, inventant un nouvel opérateur, un pastout, qui pointe l’incomplétude de la chose sexuelle.
Pour lui, les sexes n’existent qu’en fonction de leur rapport à la Jouissance et de ce point de vue, le côté homme et le côté femme est différent. Ce n’est pas la différence des sexes qu’il faut souligner ici, mais bien au contraire sa dissymétrie quant au rapport de chacun à la jouissance…

En analyse, sur le divan la question de la sexualité paraît désuète, c’est bien des jouissances et de son rapport pour chaque sujet différent à celles-ci qu’il s’agit. La plainte et la demande du patient seraient davantage un appel à ne pas toujours ou ne jamais trouver partenaire à partager cette jouissance.

Nous allons évoquer maintenant, une vignette concernant une patiente que nous appellerons Daniela, qui illustre bien « l’insoutenable opacité de l’être ». Le sujet pris dans la jouissance de son symptôme, vient souvent parler au psychanalyste de sa difficulté, de sa souffrance de vivre avec, sans en connaître les causes, des mobiles inconscients. J’ai extrait cette histoire de divan de la revue n°22, Analyse Freudienne Presse. L’auteur, Alex Dopplemann Petronovic, son psychanalyste nous la traduit ainsi :

« Daniela arrive chez moi, envoyée par un ophtalmologiste qui repère que la cécité subite dont elle souffre n’a aucune corrélation organique. Elle arrive accompagnée d’une amie qui ne cache pas sa jouissance d’incarner le rôle d’une dévouée guide d’aveugle.
Seul avec elle dans mon cabinet, je lui demande ce qu’elle cesse de voir lorsqu’elle devient aveugle.
Elle en vient vite à raconter l’histoire de sa rencontre avec une cousine qu’elle ne connaissait pas, qui est arrivée du Brésil pour lui rendre visite il y a un mois, cousine très attirante, belle et séduisante.
Un soir, se trouvant avec son fiancé et cette cousine venue lui rendre visite, elle décida d’aller acheter des pizzas. Son fiancé et sa cousine sont restés chez elle. Quand elle est revenue, elle a vu ce que sa cécité essayait d’occulter : elle a surpris son fiancé en train de faire l’amour avec sa cousine. Deux jours plus tard, après avoir ressenti une énorme douleur et une brûlure dans les yeux, elle a complètement perdu la vue.
Je lui dis que voir cette scène a dû être très douloureux pour elle. Elle me regarde, me voit, et pleure.
Au cours des séances suivantes nous avons parlé de la trahison, de la douleur, de son amour propre blessé, du deuil et de la perte.

bronze sculpteur ALTIMEJD- Fiac 2015 jardin du Louvre

bronze sculpteur ALTIMEJD- Fiac 2015 jardin du Louvre

Voici, ce que dira l’auteur, psychanalyste Argentin de ce cas de psychosomatique :
Perdre sans perdre la vue. Retrouver l’opacité du regard face à la positivité de la cécité. Maintenant elle voit les choses à moitié, ce qui est peut-être une opacité nécessaire résultant du passage du voir au regard érotisé, du voir au regarder.
En rendant positif le symptôme, en refusant son opacité consubstantielle, témoignage irréfutable de ce qui n’est pas su et qui renvoie à l’Inconscient, nous pouvons distinguer une modalité d’inscription du symptôme dans le corps. Une façon d’inscrire de manière psychosomatique le symptôme, et de positiver dans le corps ce qui s’était insinué dans le discours. Une tentative d’érotiser le symptôme, une façon de l’hystériser comme dans le cas présenté ci-dessus. Mais, la direction de la cure ne manquera pas de reposer sur le pari sur le discours, sur la condition opaque et érotisée de la langue. C’est-à-dire, un pari clinique soutenu par l’idée que « l’inconscient est structuré comme un langage ». (3)

Et encore, pour le dire autrement, Alex Droppelmann Petrinovic, apporte cette précision : « peut-être que, contrairement à ce que nous propose le monde, cette société dominée par le positivisme, par l’excès, par le culte effréné de l’image, au lieu d’ouvrir les yeux sur cette réalité, devrait-on les fermer dans une tentative pour retrouver un brin d’érotisme, ce qui nous permettrait de rester dans la dimension du désir, qui maintient une opacité nécessaire, inhérente à notre existence. Après tout, l’érotisme peut consister à fermer les yeux devant une femme. Est-ce pour cela que des rendez-vous ont lieu avec un éclairage tamisé ? Ce sont en quelque sorte, des rencontres voilées. On pourrait énoncer ce mot d’ordre : plus il y a de strip-tease, moins il y a de pornographie. Mettre tout sur la table est une indécence, produit de la positivité. « Les positivistes proposent de dévoiler les fantasmes et de vivre sans eux.» (2)

Par cette rapide histoire, il ne s’agit pas de faire une étude du cas, mais d’entendre que si la sexualité concerne la psychanalyse, c’est en tant qu’avatars des pulsions et par la même de la question de la jouissance du symptôme.

Comme le rappelle Robert Levy dans son séminaire n°2 sur les avatars du sexuel :

« Au fond la différence des sexes ne nous intéresse que pour autant qu’elle instaure une différence dans les jouissances qui nous permet d’être un outil pour nous repérer dans notre pratique. Cette pratique des avatars du sexuel qui nous amène à faire le passage du repérage des jouissances à savoir y faire avec le symptôme. C’est donc un savoir y faire avec la jouissance dont le psychanalyste seul, ne peut qu’être l’éclaireur ». (4)

attentats_parisL’actualité encore toute récente des attentats de Paris du13 novembre dernier, peut nous faire réfléchir sur ceux qui vont développer une « conversion hystérique », à la suite d’un traumatisme. Un interview réalisé par deux journalistes de Libération (5) auprès du psychiatre des armées, Louis Crocq, nous relate que :

– « les gens qui ont été les plus touchés sont ceux qui ont été brutalement et inopinément confrontés avec le réel de la mort. Ils sont surpris et horrifiés. Ils éprouvent le sentiment d’être sans protection, de n’avoir pas d’échappatoire. Chaque trauma individuel peut donner lieu à un stress traumatique, là où les gens sont victimes d’une surprise sidérante, leur pensée s’arrête. C’est le trou noir. Ils voient une mort imminente sans échappatoire. Comment le traumatisme évolue-t-il? Chaque trauma peut donner lieu à un stress adaptatif, aller vers l’autre pour l’aider par exemple. Pour d’autres, quelques semaines après font des cauchemars, sont effondrés, revivent intensément l’évènement, se réveillent en sursaut. Certains développent des phobies ou s’adonnent à des rituels obsessionnels (vérifier 100 fois que la porte est bien fermée) ou purificateurs.Ils peuvent présenter une paralysie temporaire, devenir muet ou aveugle, c’est ce qu’on appelle une « conversion hystérique ». Ainsi, ils transfèrent ou convertissent leur peur sur l’organe impliqué (l’œil, la voix) ; par exemple, la cécité leur permet d’effacer cette vision effrayante et de ne plus rien voir dans un monde porteur de menace. En outre, l’infirmité d’être aveuglé procure au sujet la commisération et la sollicitude d’autrui, le soutien qui lui a justement manqué au moment crucial ».
Depuis 1995, après l’attentat du RER à Saint-Michel, des cellules d’urgence médico-psychologiques (CUMP), sortes de Samu des syndromes post-traumatiques, qui prennent en charge les victimes d’attentats, accidents ou catastrophes naturelles ont été créées. Louis Crocq chargé de cette mission nous le rappelle : « Il faut les accueillir de nouveau parmi les vivants ».

dating-scam-trauma« S’il y a un traumatisme collectif auquel nous allons affectivement nous identifier, comme nous le rappellera Robert Levy, il s’agit aussi pour le psychanalyste d’en faire une autre lecture. S’il y a les syndromes post-traumatiques pour un certain nombre de personnes, nous pouvons regarder les choses du côté de ce que nous connaissons dans notre pratique, à savoir : la fixité du fantasme, voire même l’impossibilité à remettre en route un fantasme, parce qu’il y a quelque chose qui n’est pas pensable, c’est-à-dire en lien avec ce qui est arrivé, un interdit de penser dans cette universalité de la mort des enfants (beaucoup de Jeunes gens), quels qu’ils soient, car pour chacun c’est pris différemment dans son histoire. En tant que sujet collectif, nous sommes bien sûr pris dans cette peine immense, dans ce deuil et dans cette atteinte de la culture, mais en tant qu’analyste nous en voyons bien les limites, alors que nos collègues de l’EMDR (bouger les yeux pour guérir l’esprit, c’est le pari de la méthode fondée par la psychologue américaine Francine Sapiro), et de TCC (thérapie comportementale cognitive), continuent à travailler sur cette espèce d’idée collective du deuil. Nous ne pouvons pas nous appuyer là-dessus pour soigner, nous savons qu’il s’agit de bien autre chose, d’un sujet pris dans une histoire singulière et dans un réel personnel qui ne peut pas être un réel universel. La tentation et la tentative est toujours la même, c’est dire qu’il y a un réel universel et en conclure que c’est cela qui fait trauma. C’est ce qui nous différencie des comportementalistes qui en voulant éradiquer le symptôme, travaillent sur l’ici et maintenant et non sur ce que renvoie l’histoire personnelle. Non, il n’y a pas de réel universel, il y a une histoire universelle qui peut être traumatique au sens habituelle du terme traumatique dans la langue, mais elle ne produit pas autant, en tant que telle, de syndrome post-traumatique, il faut qu’il y ait un réel personnel engagé pour une personne en particulier, pour qu’ il y ait ce syndrome post-traumatique. »

On retrouve ici encore, la dimension subjective d’un parlêtre, pris dans ses énoncés et dans ses énonciations qui vont lui donner un statut de sujet unique et non pas universel, pour se reconnaître dans sa souffrance via son histoire personnelle. Il s’agira pour lui d’ « historiser » son histoire pour faire le lien entre le vécu présent et celui passé qui était bien entendu refoulé.

Nous ouvrons le débat, pour terminer la conférence par des apports nouveaux concernant cette fois, la libido, la pulsion et ses caractéristiques, la sexuation côté homme, côté femme, la différence des Jouissances, de façon à mieux articuler l’aspect clinique des échanges via la théorie freudienne et lacanienne.

Cette conférence sera mis en ligne sur mon site : www.chantalcazzadori.com
Rendez-vous ici-même le 11 janvier 2016 pour une troisième conférence qui concernera les avatars du sexuel dans les perversions et autres psychoses en s’interrogeant sur la sexualité dans la prostitution masculine et féminine. Des notions comme le fantasme, la pulsion, la jouissance, le fétichisme à partir de la différence des sexes seront articulées à notre propos.

En vous remerciant,

Chantal Cazzadori
Psychanalyste
Membre actif de l’association Analyse Freudienne

Notes :

1 : 1923, Freud, in la vie sexuelle Puf, 1970, p.116, chapitre sur l’organisation sexuelle infantile.

2 : Extrait de la Revue n°22, publiée chez Erès, par Analyse Freudienne Presse, article écrit par Alex Droppelmann Petrinovic, traduit par Serge Granier de Cassagnac. Introduction de l’article.

3 : J. Lacan, « Discours de Rome, Fonction et champ de la parole », Ecrits, le Seuil, 1966.

4 : Voir site : www.analysefreudienne.net Séminaire 2 Robert Levy : « La différence des sexes, sexualité, encoprésie ». Ma réflexion s’inscrit dans les abords théoriques de son séminaires qu’il enseigne dans l’esprit de nous mettre à notre tour et à notre manière au travail.

5 : Louis Crocq « Il faut les accueillir de nouveau parmi les vivants » article réalisé par Libération, interview recueilli par Johanna Luyssen et Catherine Mallaval, nov 2015.