Il n’y a pas de fixité de la structure chez l’enfant à condition que l’analyste sache s’en servir

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C’est une étrange déclaration que je vous propose de justifier ou mieux encore de vous montrer. Je crois que ce sera un prolongement de ce qu’Anna Konrad vient de présenter. En effet, la psychanalyse, et la psychanalyse des enfants en particulier, est battue en brèche depuis quelques années par la vague cognitivo-comportementale qui prétend soigner les symptômes sans avoir à recourir à l’implication du sujet.
C’est ce qui sans doute rencontre un véritable engouement chez les parents, qui se trouvent enfin exemptés de toute res-ponsabilité ou plus exactement de toute réflexion puisque les prescriptions de TCC (les thérapies cognitivo-comportementales, se révèlent être dès lors l’équivalent d’un bon médicament sensé faire disparaître le symptôme comme ce qui souvent se passe dans les troubles somatiques.
A ceci près, que dans ce dernier cas le médecin se doit de poser un diagnostic, ce qui n’est pas le cas chez nos camarades adeptes des TCC puisqu’ils se contentent la plus part du temps d’un adossement aux DSM c’est-à-dire aux comportements …

Alors qu’est-ce que la psychanalyse prétend face à cela ou plus exactement qu’est-ce que la clinique avec les enfants nous enseigne ? Si j’insiste sur ce terme de clinique, c’est parce que je l’amalgame avec la psychanalyse. La psychanalyse est une clinique ou bien il n’y a pas de psychanalyse, pour insister sur le fait que traiter le symptôme est une façon de ne plus faire de clinique.
Je dirai que la psychanalyse, « la valeur de la psychanalyse, comme dit Lacan, c’est d’opérer sur le fantasme .Le degré de sa réussite a démontré que là se juge la forme qui assujettit comme névrose, perversion ou psychose. »

© Linda Bessemer

© Linda Bessemer

Donc, avec cette autre déclaration de « Lacan », nous disposons déjà de quelques prémisses d’un praticable et d’un repère clinique pour aborder la question de la structure chez l’enfant, mais surtout d’une modalité pour poser qu’il y a une possible plasticité de la structure si, et seulement si, l’analyste se préoccupe, comme le dit Lacan, d’opérer sur le fantasme.
Qu’est-ce à dire, que l’analyste aurait une vertu chirurgicale d’opération ? Mais alors sur quel objet ? Quel serait donc l’objet de sa chirurgie ? En tout cas, rien n’est joué d’avance chez l’enfant .
Mais alors la question se pose maintenant de savoir sur le fantasme de qui, s’agit-il d’opérer ?
La meilleure façon d’envisager cette question me semble celle de la reprise de l’indication de Lacan sur la position “pervers” qu’il définit à la femme comme étant, comme mère, là où elle n’est pas toute, « puisqu’elle trouvera le bouchon de cet objet petit «a » que sera son enfant ».
Ce qui est une façon, après tout, de nous faire entendre, qu’en tant que mère la femme sera toute entière dans la jouissance phallique, mais au-delà, que toute jouissance phallique est perverse puisqu’elle fait rapport sexuel grâce à un Autre, un grand Autre, désormais complet.
Il est à noter que même dans cette avancée très importante de sa théorisation, Lacan se réfère à Freud « toute sexualité humaine est perverse si nous suivons bien ce que dit Freud» .
C’est, me semble-t-il, une avancée très forte dans la clinique, puisque dès lors on peut entendre le véritable enjeu, notamment de ces femmes qui n’ont plus de rapport sexuel après la naissance de leur enfant. À ce moment, leur jouissance est donc bien limitée à la jouissance phallique avec leur enfant, à l’exclusion dirons-nous de toute autre jouissance. En ce sens, nous touchons à ce que Lacan souligne comme, étant de l’ordre de la perversion, en tant qu’elle permet une complétude là où le rapport sexuel est forcément manquant.

En effet « la féminité est soumise à l’expérience primitive de la privation pour en venir à souhaiter de faire être symboliquement le phallus dans le produit de l’enfantement, que celui-ci doive ou non l’avoir »
C’est ainsi qu’il n’y a pas de perversion féminine à mon sens sauf à entendre la femme dans sa version mère c’est-à-dire, sa « mère version », dans laquelle l’enfant peut prendre la place de fétiche, soumis qu’il sera, à un contrat où, en tant qu’objet «a» de la mère, il devra la faire jouir. C’est ça, la position fétiche du petit enfant comme objet petit « a ». Effectivement, comment ça bouge cela, c’est la question.
Cette figure peut durer d’ailleurs assez longtemps dans la vie d’un sujet, et prendre diverses formes dont toutes celles qui concerneront plus tard la soumission pour un homme au désir d’une femme, soumission totale, et pour une femme l’impossibilité à accepter le désir d’un homme …

Par conséquent quelque chose est à repérer du côté de l’enfant versus le fantasme de sa mère, pour que la question même de la constitution de sa structure, de l’enfant donc, puisse éventuellement s’élaborer autrement. On voit bien que c’est sur ce point là, et Lacan a raison de dire, que si il y a psychanalyse, c’est opérer sur le fantasme. Là, en cette occurrence, c’est bien entendu le fantasme de la mère.
Il y a en effet à prendre en compte ce qu’il en est de ce que Lacan appelle « l’ÊTRE pour le sexe » c’est-à-dire ce que l’on désigne après Freud comme étant de l’ordre de la castration. En gros, pour être deux, il faut qu’il y ait l’épreuve de la castration et qui suppose qu’à ce moment-là, le partenaire se réduit à l’objet a. C’est à ce prix que « l’être pour le sexe » peut changer d’objet. Il y a en effet un mythe à déconstruire d’une espèce d’harmonie maternelle, et « Par impuissance à poser ce statut de fantasme dans l‘être pour le sexe (lequel se voile dans l’idée trompeuse du choix subjectif entre névrose, perversion ou psychose), la psychanalyse bâcle avec du folklore un fantasme postiche, celui d’une harmonie logée dans l’habitat maternel. »

© Alberto Giacometti

© Alberto Giacometti

La mère est donc intéressée par L’enfant avant tout parce qu’il a ou non une place dans son fantasme, et c’est rien d’autre que ça dans un premier temps. Je crois qu’il faut d’ailleurs bien avoir cela en tête. D’ailleurs, s’il n’a pas de place, dans son fantasme, effectivement, qu’il en ait une ou pas va évidemment être déterminant du point de vue du devenir de la structure de cet enfant car « L’enfant réalise la présence de ce que Jacques Lacan désigne comme l’objet petit « a » dans le fantasme » .
Bien évidemment, vous percevez déjà ce que j’avais annoncé quant à la façon pour l’analyste de « savoir s’en servir ».
Il s’agit bien pour l’analyste de se trouver à une place d’écoute de la valeur d’objet petit « a », pour son enfant si l’on veut travailler sur la structure, qui d’ailleurs en elle même n’a plus d’importance si ce n’est , à entendre le symptôme comme « ce qu’il y a de plus symptomatique dans la structure familiale » comme le rappelait Lacan dans cette fameuse note, mais aussi ce qui peut également «représenter la vérité du couple familial » . « C’est là le cas le plus complexe, mais aussi le plus ouvert à nos interventions » .
Là encore c’est une indication sur : où intervenir ? Comment intervenir sur le fantasme ? Ou intervenir sur la question de la vérité du couple familial ? Alors, qu’est-ce que c’est que la vérité d’un couple familial ?
La raison de ce praticable tient à ceci de la position de la femme puisque, comme le rappelle encore Lacan :
« Ce dont elle s’occupe, c’est d’autres objets petit a qui sont les enfants auprès de qui le père pourtant intervient, exceptionnellement, dans les bons cas, pour maintenir dans la répression, dans le juste mi-Dieu, si vous me permettez, la version qui lui est propre de sa père-version. Seule garantie de sa fonction de père, donc père-version, laquelle est fonction, la fonction de symptôme telle que je l’ai écrite comme telle. »

© Tom Wesselmann

© Tom Wesselmann

Voilà, je passe sur le reste de cette citation.
Par conséquent nous sommes face à deux perversions, l’une côté mère-version, comme nous venons de le développer, et l’autre côté père, père-version donc, puisque Lacan n’hésite pas à le positionner ainsi, dans la question même de ce que père a, à soutenir dans le couple familial, en l’occurrence. Ce sont donc les deux éléments sur lesquels l’analyste détient une manière d’opérer, en précisant un peu ce sur quoi le père-version est censée fonctionner pour un enfant….
«Ce n’est pas que soient rompus le symbolique, l’imaginaire et le réel qui définit la perversion, c’est qu’ils sont déjà distincts et qu’il en faut supposer un quatrième, qui est le Sinthome en l’occasion, qu’il faut supposer tétradique, ce qui fait le lien borroméen, que perversion ne veut dire que version vers le père et qu’en somme le père est un symptôme ou un Sinthome, comme vous voudrez ».
C’est très intéressant, puisque dans cette remarque Lacan fait jouer, à propos du père, le passage de symptôme à sinthome, c’est-à-dire, que là encore, c’est une indication pour nous, du comment travailler dans cet ensemble qualifié de vérité du couple familial.
On peut d’ailleurs un peu préciser les choses, puisque au fond, cette fragilité en quelque sorte, puisqu’on peut considérer que s’il faut un quatrième pour que les trois registres puissent tenir ensemble, c’est bien parce que aucun des trois registres, n’est suffisant à faire consister quelque chose. Il faut qu’il y en ait un quatrième qui permette justement, je dirais, de pallier à la fragilité de l’ensemble, et en particulier à la fragilité du symbolique, bien évidemment, puisque quand même ce quatrième, cette père-version, ce sin-thome, servira à donner la possibilité d’une moins grande fragilité à la dimension du symbolique. Ce n’est pas parce qu’on est entré dans le langage, en effet qu’on est quitte de la question symbolique et que l’on va être tout à fait à l’aise là-dedans, bien au contraire, c’est parce que l’on entre dans le langage qu’on devient tributaire justement de la fragilité du symbolique. C’est exactement l’inverse. Donc, c’est un point très précis, du manque constitutif dans le symbolique S (A barré), c’est-à-dire, ce fait qu’il n’y a pas de garantie de la vérité qu’il y a quelque chose à entendre de la façon dont il on va pouvoir travailler avec un enfant et sa famille.
Une autre conséquence qui a à voir avec la même chose c’est que l’Autre, comme lieu des signifiants est incomplet, barré (pas de garantie de la vérité) et par conséquent détermine un impossible quant à l’inscription de ce qui pourrait faire rapport. Rapport, quel genre de rapport ? Et bien, écoutez, c’est assez simple, c’est un rapport entre deux jouissances, c’est-à-dire, celle d’un homme et d’une femme. En sachant que, c’est en fonction de modalités différentes de rap-ports à la jouissance phallique que les deux sexes répartissent leur déclaration sexuelle.
C’est , me semble-t-il ce à quoi nous avons affaire dans toute consultation analytique d’un enfant avec ses parents et bien entendu, ce à côté de quoi il ne faut surtout pas passer .
En effet « la jouissance phallique est l’obstacle par quoi l’homme n’arrive pas, dirais-je, à jouir du corps de la femme, précisément par ce que ce dont il jouit, c’est de la jouissance de l’organe »
Deux différentiels de jouissance différents, le symptôme de l’enfant venant très souvent prendre la place de résultat de cet impossible rapport entre deux jouissances.
Mais ce qui est à noter, c’est que ce manque dans le symbolique, cette incomplétude donc, ou ce manque de rapport sexuel qui puisse s’écrire, c’est à peu près la même chose, écrit du même coup la place possible de la perversion. Puisqu’il suffit de compléter à nouveau S ( de A barré) par l’objet a pour en faire un S( de grand A), c’est-à-dire, une sorte de complétude qu’on retrouvera , me semble-t-il, dans un certain nombre de cas de psychoses infantiles. Je donne la parole à ma collègue, qui vous en parlera ensuite, ce n’est pas tout à fait de cette même question dont il s’agit. (Intervention de Graciela Crespin).
Par conséquent, c’est aussi une indication très importante dans la clinique avec les enfants, puisque si le symptôme de l’enfant est bien lié à la question du fantasme de ses parents , il s’agira donc de « dénouer » l’enfant de sa place d’objet a qu’il est, pour certaines mères , objet de leur jouissance phallique donc qui est la raison même de cette résistance que nous constatons souvent côté mère, à la guérison de leur enfant . En effet, « guérir » suppose le renoncement de ces mères à leur jouissance phallique. En tout cas, à la place de leur enfant comme objet petit a, jouissance phallique en l’occurrence.
Un point encore qui nous permet de soutenir qu’il ne s’agit pas tant du symptôme de l’enfant mais de l’enfant comme Sinthome, car celui-ci se trouve à la place de l’objet a pour la mère, qui lui assure à elle de pouvoir nouer, avec cet enfant objet petit a, les trois instances RSI, qui sans lui, sans cet objet, donc ne le pourrait pas.
Ce que l’on constate cliniquement également lorsque l’enfant ne joue plus ce rôle, peut se décaler donc, c’est à ce moment que peuvent apparaitre des moments très dépressifs du côté de la mère, voir même délirants. Nous voyons que cette conception de repères de la perversion est également une façon de dire quelque chose sur la position de sujet, qu’un enfant peut avoir ou avoir eu dans les prémices de sa construction du fantasme.
Est-ce que c’est également un moyen de dire, que le crédit de l’évolution d’un enfant reste toujours ouvert pour peu que l’on travaille avec ces éléments d’ouverture, d’une aliénation précoce à l’emprise de la jouissance phallique.
C’est ainsi également que l’on peut dire à la fois qu’il n’y a pas de sujet qui préexiste à l’enfant et qu’il y a une place, en revanche, préexistence au sujet enfant dans le désir phallique de sa mère , ce qui n’est pas du tout la même chose, puisque la fonction signifiante du nom du père, cette père-version donc, va pouvoir ou pas, modifier cette construction dans un sens ou dans un autre, ça veut dire qu’ou bien cette fonction n’a pas son effet, et dans ce cas-là, effectivement l’enfant reste à la place préexistante comme objet a, dans le fantasme de sa mère, ou bien, il a la fonction opératoire et dans ce cas, il peut être décalé de la place d’objet petit a, et donc de jouissance phallique dans le fantasme de sa mère. Mais, nous savons aussi qu’il n’y a de père que pour autant que la mère l’introduise, ce qui laisse peu de champ à une grande plasticité quant à la question de la jouissance phallique ou non.

Une petite vignette maintenant :
Une famille était venue me consulter pour un enfant de 10 ans qui dormait encore avec sa mère car « il ne pouvait pas dormir autrement » et de plus lorsqu’on l’en empêchait il hurlait tellement fort que les voisins étaient alertés. Le problème maintenant c’était qu’il commençait à insulter sa mère, et à la taper. Le père d’ailleurs, ne disait mot dans la consultation si ce n’est pour signifier que lorsqu’il était seul avec son fils, alors il n’avait pas de problème. Je lui demandais pourquoi ce n’était pas lui qui s’occupait de son fils le soir pour lui faire regagner sa chambre, la mère alors s’interposa clairement pour me dire qu’elle ne pouvait pas tolérer qu’il intervienne puisqu’il était trop violent. Il regagnait donc chaque soir la chambre de son fils où il allait dormir, puisqu’il n’avait plus de place dans le lit de sa femme.
Ainsi, ce constat nous porte forcément à nous interroger sur ce que serait une jouissance non phallique, c’est ce que j’essaie de mettre en lumière. Une jouis-sance, issue de S (de grand A barré), c’est-à-dire de l’idée qu’il n’y a pas de garantie de la vérité, puisque il y a donc la supposition d’une jouissance au-delà de la jouissance phallique ? Qu’est-ce-que ça veut dire, si ce n’est l’idée d’une femme qui ne serait « pas toute » mère.
On reste dans ce cas dans une conception assez énigmatique selon laquelle une jouissance qui ne serait pas toute phallique serait alors du côté « d’une jouissance qu’on éprouve et dont on ne sait rien ». Alors, cette jouissance dont on ne sait rien n’est-elle pas celle qui concernerait un «en dehors de moi-même » ?
Celui qui ne serait pas ce moi-même que j’aime dans mon semblable ? Une sorte de « non substituable à soi-même » que l’on retrouve chez Frege en tant que « chose non identique » à soi-même. Le non substituable à soi-même est un impensé radical, dont le mécanisme logique ne porte pas de trace, il est forclos sans recours ni marque. C’est une autre conception de l’identification qui n’est plus celle à laquelle Freud se réfère en tant que Moi, classiquement envisagé comme une sorte de pelure d’identifications superposées.
Par conséquent, la question maintenant est la suivante : pour sortir d’une position phallique, l’enfant devrait-il éprouver une « jouissance autre » de la part de sa mère qui ne le considèrerait plus dès lors comme un autre elle-même ?…C’est comme cela que j’entends aujourd’hui la traduction possible de « good enough mother » de winnicott. Ce n’est pas une mère suffisamment bonne, c’est une mère justement qui ne considèrerait plus l’enfant comme un autre elle-même.
Ne serait-ce pas la seule issue, pour que l’enfant éprouve que le phallus de la mère soit ce qui lui manque et non pas ce dont il est pourvu ; condition sine qua non pour que dans un second temps la castration puisse s’accomplir sous la forme suivante : « non, tu n’es pas le phallus de celle qui t’a conçue »

Robert Lévy

Robert Lévy

Ainsi c’est à ce prix de n’être pas le phallus de celle qui l’a conçu, c’est-à-dire le phallus du grand Autre que le sujet peut accepter une nouvelle entrée dans le symbolique, différente de celle de l’entrée première dans le langage. C’est à ce tournant que l’on trouve la névrose obsessionnelle, qui ne vient pas d’une frustration de la demande d’avoir, mais d’une castration non réalisée quant à être ce qui manque au désir de l’Autre .
Ce dernier point montre, me semble-t-il comment on peut suivre un sujet, l’entendre donc dans ce qui n’est ni un diagnostic et encore moins une sémiologie, mais une manière de suivre le sujet dans la façon dont un signifiant phallique le représente ou non pour un autre signifiant.
Evidemment, c’est de cette confusion permanente entre frustration de l’objet réel et castration de l’objet imaginaire qu’il va s’agir sans cesse dans la dialectique du sujet entre l’être et l’avoir.
Et pour ce faire, il faudrait que le père ou plus tôt sa fonction, suppose une relation symbolique simple, c’est-à-dire une « relation où le symbolique recouvrirait pleinement le réel » selon Lacan. Par conséquent, il faudrait que le père ne soit pas seulement un nom du père, ce qu’il est forcément pour toute entrée dans le langage, ça , ça peut fonctionner, mais qu’il recouvre pleinement la valeur symbolique cristallisée dans sa fonction, or ceci, ce recouvrement du symbolique et du réel, est insaisissable. Au fond, on pourrait dire que le deuxième temps, d’entrée dans l’opérationnalité métaphorique, c’est celle qui pourrait se définir, avec cette idée d’un recouvrement du symbolique et du réel, c’est à dire que le père ne soit pas seulement un nom du père, mais qu’il soit aussi un élément qui permette ce recouvrement.
C’est bien, me semble-t-il la difficulté que nous rencontrons dans ces consultations analytiques avec les enfants, dans lesquelles l’analyste ne peut pas, ne doit pas se mettre à la place du père mais en revanche, doit assurer l’ouverture possible d’un type de recouvrement comme celui-là, pour un père.
En effet, prendre une place surmoïque en lieu et place du père réel ne peut que contribuer à discréditer en-core un peu plus le vrai père et sa fonction. Cependant, indiquer la place à laquelle un père peut entrer en fonction contribue à ce recouvrement du symbolique et du réel.
Qu’est-ce que cela signifie d’autre au fond, que de laisser pour un enfant la possibilité que, à cette loi nous y soyons tous soumis ? En d’autres termes, qu’aucun amour imaginaire complice n’empêche ce recouvrement du symbolique et du réel, en sachant néanmoins que le père est toujours pris dans une certaine forme de discordance, c’est-à-dire discordance entre ce qui est perçu par le sujet sur le plan du réel et sa fonction symbolique.
C’est ce qui se rejoue souvent pour un homme dans la relation parentale, à savoir : ou bien renoncer à faire tiers pour assurer la jouissance phallique de sa femme (on peut dire dans ce cas de sa mère) ; ou bien renoncer à la jouissance phallique de sa femme (dans ce cas, on peut dire également de sa mère) en assurant une fonction symbolique pour son enfant.
Or, ça n’est qu’à ce prix d’une solitude d’un dire que non, c’est comme cela que je l’avais appelé à d’autres moments, que peut se construire une fonction paternelle. J’ai déjà souvent développé ce point pour souligner en résumé que ce non du père ne peut se dire qu’en lieu et place de la castration du père, et pas d’un surmoi qui serait hors champ de la loi, pour tous. C’est un point très important.
Vous l’aurez compris, les repères du sujet vont se construire dans les éléments que les parents vont lui donner comme autant de signes et signifiants qui vont forger son environnement désirant.
La construction de son fantasme, voire son impossible construction sera évidemment totalement prise dans ces éléments constitutifs du sujet enfant, comme désirant.

Robert LévyUne dernière citation avant de finir :
En effet, « la relation narcissique au semblable est l’expérience fondamentale du développement imaginaire de l’être humain. En tant qu’expérience du moi, sa fonction est décisive dans la constitution du sujet. Qu’est-ce que le moi, si non quelque chose que le sujet éprouve d’abord comme à lui-même étranger à l’intérieur de lui ? C’est d’abord dans un autre plus avancé , plus parfait que lui que le sujet se voit »
Donc pour finir, Lacan conteste absolument l’idée post-freudienne qu’il y aurait dans la cure avec les enfants et dans la cure en général, une espèce de position de l’analyste, qui viendrait permettre une sorte de complément de bonne mère, là où ça n’aurait pas été suffisant, suffisamment bonne et donc le thérapeutique de la part de l’analyste, consisterait alors, à supprimer cette cause, c’est-à-dire, cette frustration en la remplaçant par ce transfert, par don, oblativité, accueil de la demande en d’autres termes, par jouer dans le transfert à être une bonne mère ou un bon père. Évidemment, ça n’est pas du tout notre façon de concevoir le travail analytique avec les enfants, et encore moins l’espoir de provoquer une quelconque plasticité dans la structure, c’est exactement l’inverse, car on peut voir qu’être à la place de ce qui a manqué, on ne peut que figer une structure précisément.
On peut bien entendu supposer que la façon d’envisager les choses de la part de Lacan diffère un peu en effet, et je ne saurais mieux en faire état qu’en citant Philippe Julien : « le problème du névrosé est celui de son agressivité culpabilisante à l’égard de son semblable supposé avoir le phallus ».
La résolution de ce problème est l’effet d’un déplacement de la question : « Comment pouvoir renoncer à être le phallus de telle sorte qu’ensuite, l’avoir ou ne pas l’avoir, en découle sans angoisse ni revendication ? ». Je vais terminer sur ce point-là, car je crois qu’avec cet éclairage nous disposons des éléments nécessaires et suffisants, si on ajoute la question de l’enfant comme objet a pour la mère, pour envisager une clinique de la non fixité des structures chez l’enfant.

Robert Levy
Psychanalyste à Paris
fondateur de l’association : Analyse Freudienne

www.analysefreudienne.net
Intervention à la journée d’Etude du 19 mars 2016 de l’A.F.