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La souffrance au travail

  Cher Christophe Dejours
Vous avez été mon maître à penser lors de l’écriture de mon livre en 2013 :
L’effroi du neo-management :Trois expériences impossibles aujourd’hui ?
Plus de 10 ans après vos concepts se confirment largement dans ce Mal-Travail.
Votre passion, votre ténacité à dévoiler les dessous de la souffrance au travail font tache..
C’est ainsi qu’en 2024 je vais soutenir le film :
« Par la fenêtre ou par la porte »
Film réalisé par Jean-Pierre Bloc et son équipe avec les salariés d’Orange comme vous le savez.
Trouver des lieux de projection pour ce documentaire politiquement incorrect est le but de l’équipe, syndicats, salariés y compris…
Mettre ainsi le travail en débat !
Pour sortir de la servitude volontaire !
Votre conférence réactive ma pratique de 15 années de formatrice en des lieux différents pour transmettre un management humain !
Merci pour votre intelligence sensible et combative appliquée à ce champ de la psycho dynamique au travail.
Repensons le travail ensemble pour le transformer ! L’action pour relancer ce débat avec des partenaires impliqués dans la clinique du travail et son organisation politique.
Cordialement
Chantal Cazzadori
Psychanalyste à Amiens

L’humain d’abord


Bien que nous sachions que les ressources humaines sont au coeur de l’entreprise, l’ère financière a pris la place du capital humain.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, le système d’organisation du travail sensibilise les managers aux RPS (risques psycho-sociaux), pendant que le climat interne des entreprises se dégrade, 35% des DHR parlent de morosité. Les enjeux humains dans un esprit de gagnant-gagnant peuvent-ils être encore pris en compte en 2013 ?
Dans mon livre, ”L’effroi du néo-management, trois expériences impossibles aujourd’hui ?”, je relate ces interventions effectuées de 1988 à 2003, au titre de consultante en cabinet conseil, dans les secteurs publics et privés, pour transmettre d’autres manières de travailler. A présent, l’idéologie managériale axée autour de trois orientations : le tout gestionnaire, la qualité totale et l’entretien individuel des performances domine et impose une organisation du travail délétère sur la santé psychique et physique de l’homme. Pourtant, le management ne se manage pas, car la gestion du chiffre fait passer l’humain à la trappe et la centralité du travail comme promesse d’émancipation collective ne tient plus.
Nous constatons le changement à visage humain dès que les valeurs du travail bien fait, utile et esthétique devient le projet d’une équipe, puisque ce sont les bonnes volontés qui se mettent en marche. Devant la noblesse du travail émancipateur, l’intelligence se mobiliserait-elle autour d’enjeux de sens tout en répondant aux objectifs économiques ?
Rappelons la pensée de Samuel Pisar : “Le propre de la ressource humaine, ce n’est pas d’être inépuisable, mais de se nourrir elle-même”.
J’ai choisi de raconter ces trois histoires de travail parmi tant d’autres, pour livrer mes outils, mes pistes de résolution de conflits ainsi que ma remise en question personnelle aux managers désireux de conduire leur équipe humainement. C’est avec ce recul que j’exprime également mon point de vue de psychanalyste sur les effets de la dynamique de groupe, du transfert, de la parole et de l’écoute in-situ, afin de prendre conscience de la place du travail vivant dans une conception managériale dite participative.
Si nous continuons à dénier la “matière psychique”, nous allons vers la panne du système qui ne peut fonctionner sans notre zèle comme nous le rappelle Christophe Dejours, directeur de l’équipe de recherche en “psychodynamique du travail et de l’action”, au CNAM (centre des arts et métiers à Paris).
J’ai donc écrit ce livre au style fluide et narratif pour intéresser nos responsables à penser différemment leur pratique, dans l’éthique de l’espoir et du vrai changement d’objectif, privilégiant l’humain au service d’une économie ni débridée, ni sauvage.
Chantal Cazzadori
Paris, juin 2013.