L’effacement du Sujet issu d’un discours capitaliste contemporain.

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affiche_conferenceAujourd’hui nous allons parler de l’Impossible, du : « ce n’est pas ça », du manque, de l’objet perdu irrémédiablement, du vide, de la béance, voire du Réel. En fait de ce que nous nommons dans notre jargon : la Castration, soit ses effets sur le sujet, c’est-à-dire comment répondre de ce que l’on n’a pas ?
Pour en décoder les passages et les différentes façons de nous le faire repérer cet Impossible, nous convoquerons Freud (Malaise dans la civilisation), et Lacan avec ses quatre discours plus un.

Rappelons nous, l’objet de notre travail c’est bien le Sujet, n’est-ce pas ? le Sujet pris par et dans son inconscient puisqu’il est un être de langage, de parole, un parlêtre qui va donc entrer dans la chaîne signifiante, soit le symbolique que sont les mots pour se distinguer de l’animal.
Les anthropologues nous montrent comment les hommes déterminent l’alliance et la filiation à savoir, comment fonctionnent les institutions des sociétés, la manière dont les hommes se gouvernent, établissent des lois, dirigent les échanges, ce qui fait dire à Freud qu’un Malaise est malgré tout présent dans la Civilisation.
En effet, on le constate sans cesse, rien n’est garanti totalement, ni la sécurité, ni la permanence de la vie, malgré nos efforts constants. Les lois qui régissent les sociétés ne suppléent pas complètement aux satisfactions libidinales des hommes qui sont toujours marquées d’inaccomplissement. Nous sommes soumis à la pulsion qui est le représentant psychique d’une source continue d’excitation d’un organe provenant de l’intérieur de l’organisme, différenciée de l’excitation extérieure et discontinue. Celle-ci est donc à la limite des domaines psychiques et physiques. C’est une poussée qui cherche à se satisfaire, son but prochain est bel et bien l’apaisement d’une telle excitation organique, selon Freud.
Une question : le Malaise serait-il la conséquence d’une sorte d’imperfection, d’immaturité des hommes, qu’un surcroît de civilisation, d’éducation, de police pourrait réduire ? A quoi donc est lié ce malaise ?
Ainsi, la vie sociale ne peut-être qu’organisée autour du manque et des substituts proposés ? Les institutions les plus perfectionnées de la culture seraient donc, elles-mêmes frappées d’incomplétude, voire de « semblant » ?. Pourtant, on ne peut se passer des institutions et de leurs contraintes. Le Malaise dans la civilisation s’origine ici.
La psychanalyse s’intéresse au lien social dans lequel tout sujet se trouve pris. Elle ne prétend pas « réparer » le monde mais tente de le cerner, avec des concepts fondés en raison, à partir de l’expérience clinique, ce qui peut être dit, et qui aurait trait – autant que faire se peut- avec ce que le langage impose à l’homme comme condition.

En se portant du côté de l’énonciation et non du sens, dans l’énoncé du patient, Freud avait repéré que ce qui mettait limite à la conclusion des cures c’était « le roc de la castration ». Lacan, dans la logique du signifiant, nous indique que le langage n’est pas un codage, mais un système de signifiants dont l’homme ne se fait plus maître. Chercher le point de vérité dans les mots pour dire, selon l’hypothèse du juste sens comme l’affirment les démarches pédagogiques ou politiques, n’est pas du ressort du psychanalyste. Sa tâche est de déchiffrer ce monde des signifiants, sachant que la souffrance de l’homme est liée à ce qui le cause comme sujet, comme parlêtre, être parlant. Pour le dire encore autrement, ce que le langage dans sa structure même laisse choir de silence, d’ irreprésentable donc de non symbolisable, c’est ce que nous appelons le Réel. En le méconnaissant par le thérapeute ou le patient, la résistance va surgir. Mettre à distance la question du réel c’est s’assurer que « le dernier mot » est à trouver, qu’il existe bien et ne serait caché que par l’insuffisance du praticien ou la malignité du patient.
Les mythologies modernes nous proposent selon certains mages, gourous et astrologues de revenir à l’harmonie des sphères, ou l’évanescence de l’indicible.
Cependant, l’objet de la rencontre analytique n’est justement pas l’indicible, mais bien l’émergence du signifiant au lieu du réel présentifié dans un dispositif appelé la cure. Ces bouts de réel c’est sur quoi le langage se dérobe dans sa fonction de donner du sens. C’est pour rendre compte de cette nécessité du traitement imparfait du réel par l’ordre symbolique que Lacan va proposer le modèle des discours.

Lacan va établir les 4 discours (1968-73) qu’il a formalisé et nous laissera quelques indications, sur le 5ème : le discours capitaliste (DC).
Quel est sa pertinence et surtout son actualité quant aux effets pour le sujet ?
Comment la psychanalyse qui est dans son essence politique, peut-elle s’en servir ?

Certains comme Charles Melman interviewé par Jean Pierre Lebrun, tentent d’expliquer le malaise actuel, grâce à une nouvelle théorie du psychisme (une nouvelle économie psychique) soit l’étude des dits nouveaux symptômes qu’il propose.
J.P. Lebrun dans ses livres « un monde sans limite, 1997, les désarrois nouveaux du sujet, 2002, la perversion ordinaire, 2001, a injecté une interprétation de la nature du social contemporain. Il caractérise ainsi le sujet comme néo-sujet. Il emprunte à Charles Melman l’expression de nouvelle économie psychique, mais pour sa part, il parle de nouvelle économie collective, pose le concept de néo-sujet et questionne la possibilité d’une nouvelle structure de l’appareil psychique.

Pour résumer, cette nouvelle économie collective se fonde sur quatre phénomènes :
le désaveu de la fonction paternelle, l’infiltration par un symbolique virtuel, l’ébranlement de la responsabilité, la désinscription de la référence.
Elle a trois conséquences : l’élision de l’énonciation, la disparition du sens de la limite, la perte de la faculté de juger. Le néo-sujet recevrait du social qu’une identifié imaginaire. Tout se passe donc comme si la société ne transmettait plus la nécessité d’un vide. C’est un des effets de la science que de faire croire que l’impossible n’existe plus. Cette perspective, Jean Lebrun la nomme : le démocratisme. C’est à dire l’illusion qui laisse croire au citoyen de la modernité que son autonomie est donnée d’emblée : chacun fait ce qu’il veut pour autant que cela ne dérange pas l’autre.

Cette nouvelle conception du sujet, nous rend critique. Ces symptômes repèrent très justement ce qui tisse le lien social actuellement, c’est l’imaginaire social qui est dénoncé là. Si le surmoi d’une époque culturelle donnée a aussi un effet sur le sujet, celui d’exclure la castration , Freud nous le précisera : « Le surmoi d’une époque culturelle donnée est à l’origine semblable à celle du surmoi de l’individu ». Lacan l’affirmera à son tour : « l’inconscient n’est donc pas le social ». N’y aurait-il pas confusion entre l’individu social et ce qui est à l’oeuvre dans les 4 discours et qui nous concerne ? A savoir le $ sujet de l’inconscient ?
Le risque majeur, si nous perdons cela de vue, c’est de faire glisser la psychanalyse vers une sociologie psychanalytique, aussi intelligente soit-elle.
Comment nous saisir de ce 5ème discours, tout en restant rigoureux ?
La psychanalyse doit se confronter à d’autres changements, économiques, politiques, culturels sans pour autant adopter une position d’expertise.

Alors d’abord, qu’est-ce-qu’un discours qui ne serait pas de la parlotte, mais qui favoriserait la parole, et permettrait des énonciations effectives ?
Pour Lacan, le lien social se caractérise pas la possibilité pour le sujet d’occuper diverses positions dans le discours. C’est à dire d’occuper tour à tour la position d’agent du discours de l’hystérique, du discours du maître, de l’universitaire et de l’analyste. Dans son enseignement, Lacan envisage toutefois que le monde occidental dominé par l’idéologie capitaliste soit pris dans un nouveau discours, subversion du discours du maître, qu’il nomme discours capitaliste.

Ce discours là, le DC, est centré sur la personne, identifié au consommateur qui en serait le moteur. l’agent de ce discours S1 en s’adressant à l’autre S2 n’a de cesse de l’inviter à souscrire à l’idéologie dominante dévoilée : S1 est le signifiant maître du Marché. La particularité de ce discours est l’ontologie particulière du sujet. Celui-ci est conçu en tant qu’il serait non divisé, (entièrement définissable par un discours scientifique désubjectivé/ désubjectivant). La lumière est faite sur son désir, qui ne serait que désir de consommation. Les objets qu’il consomme ont pour but de le parfaire, de le compléter, C’est bien la division subjective que Lacan note $ qui est visée là, dans ce discours.
Pour Lacan ce qui spécifie le DC est le rejet de la castration en dehors de tous les champs du symbolique. Il nous dira :
« Tout ordre, tout discours qui s’apparente du capitalisme, laisse de côté ce que nous appelons les choses de l’amour ».

Les Seigneurs du nouveau siècle que sont Apple, Google, Exxon tiennent sous leur coupe le peuple par seulement leur chiffre d’affaires.

De quels discours ces nouveaux féodaux au pouvoir exorbitant sur les affaires de la cité, nous abreuvent – ils pour prendre le pouvoir ?

Mais d’abord :
« qu’est-ce-qu’un discours ? à savoir : sa construction, sa circularité, son rôle, ses effets sur le lien social, la politique, la civilisation, via le sujet ?

Le lien social ne s’instaure que par des discours, ce lien social ne serait qu’un jeu de chaises musicales. Ce que l’on repère, c’est qu’on passe d’un discours à l’autre. Nous venons de voir qu’il en existe quatre puis un cinquième qui sera justement celui du capitalisme.
Chaque discours se prend pour la vérité, le seul discours qui fait exception c’est le discours analytique, car il exclut la domination. Cette quête de la Vérité par le discours fait référence à la Jouissance.
Lacan se réfère au philosophe Descartes. Le discours de la méthode de Descartes (publié en 1637), est issu d’un paradoxe, en même temps qu’il ouvre la porte à la recherche scientifique dans le domaine des sciences exactes, ainsi que dans le champ des sciences humaines, ce texte fait surgir, dans l’ordre du discours, l’expérience subjective du penseur, le fameux cogito « je pense donc je suis », c’est sa conclusion sur la vérité fondatrice de la métaphysique cartésienne, ses thèses sur l’existence de Dieu et de l’âme humaine. Quand Descartes doute et médite, nous sommes presque dans le discours analytique, quand Descartes nous transmet son savoir par la connaissance, il tient un discours du Maître, il devient presque hystérique quand il écrit : « tâchez toujours plutôt à changer mes désirs que l’ordre du monde ». Ensuite certains feront des thèses sur ses conceptions , nous entrons là dans le discours universitaire. Le geste de Descartes est à la fois un attentat perpétré contre l’édifice ancien du savoir, mais aussi le surgissement au cours de discussions théologiques d’une parole originaire, parole émergeant du creux d’un oublié, le sujet, en même temps qu’un désir d’en finir avec lui. Ce paradoxe oeuvre encore aujourd’hui, même s’il se présente sous de nouveaux visages. Il marque la frontière entre, d’un côté, le champ du savoir que l’on retrouve en philosophie, dans les discours théoriques en sciences humaines et dans le domaine des études littéraires; et de l’autre, le champ de la création, qu’on réserve généralement au seul domaine des arts. Entre les discours à prétention de vérité et l’expérience subjective, il y a peut-être un hiatus qui serait à questionner. Hiatus d’autant plus apparent aujourd’hui que la psychanalyse cherche à penser précisément la vérité de l’expérience subjective, c’est à dire : une parole qui s’essaie par ailleurs au « Je ».

Le discours du capitalisme c’est le discours du commandement à jouir avec sa contrepartie du côté de l’exclusion. Le DC est un traitement de la jouissance du côté de l’effroi, de la terreur et du pousse à jouir. La crise, non pas du discours du maître, mais du discours capitaliste, qui en est le substitut est ouverte…

Quel embarras nous saisit ?
Avant d’en préciser d’autant mieux ses effets sur l’effacement du sujet, je vais essayer de nous rendre lisible la mathématisation des discours.
Lacan disait le savoir s’enseigne, mais ce sont les formules qui se transmettent. Comme les scientifiques, il utilise les petites lettres en reprenant la phrase célèbre de Newton « Je ne pose aucune hypothèse », le champ de gravitation n’explique rien, il rend compte. Lacan s’emploie à définir le savoir en jeu dans la psychanalyse, ce savoir qui se veut ne pas poser d’hypothèse, en tout cas pas l’hypothèse du sujet unifié.

Tout d’abord, il s’agit de définir la logique qui sous tend les 4 + 1 discours.

Structure du discours :
– le mathème du discours s’organise en deux lignes,
– selon 4 places en circulation interne.
l
ça donne : AGENT===== AUTRE
_____________________
VERITE ///////// PRODUIT


– l’agent celui qui parle, qui fait agir (pas nécessairement celui qui fait)
– l’autre, celui à qui il s’adresse
– la vérité, c’est le désir inconscient donc le méconnu du l’agent
– la production, l’effet du discours

Lacan élabore les formules du discours afin de formaliser, dans les mathématiques, le lien social, compris comme relation fondée sur le langage, et qui dépasse de loin, la simple parole énoncée.

Ces quatre éléments, à leur place respective, sont constitutifs de tout discours. Ils s’organisent selon une circularité incomplète :
– la vérité, inconsciente, contamine la parole de l’agent, mais peut aussi se révéler directement à l’autre au travers des formations de l’inconscient, comme le lapsus ou l’acte manqué,
– l’agent n’a pas d’autre choix que de s’adresser à l’autre, c’est le fondement du lien social
– de cette adresse, il y a un reste, elle n’est pas sans effet sur l’autre, mais aussi sur l’agent lui-même qui l’énonce.

Cette circularité reste incomplète, puisque rien ne vient faire retour sur la vérité, et notamment il n’y a pas de relation directe entre la production et la vérité.Il existe une relation d’impuissance à faire coïncider la production et la vérité. Autrement dit, structurellement, toute adresse à l’Autre, de l’autre maternelle originaire à l’interlocuteur lambda, se confronte, chez l’être parlant, à un écart, un hiatus, entre la tentative du dit et l’interprétation de l’entendu – ne serait-ce que par la polysémie du langage. Ainsi, le petit homme est inscrit irrémédiablement dans l’incomplétude, dans le pas tout. Même si sur le plan imaginaire (stade du miroir, l’axe paranoïaque, a——a’, le miroir lui procure l’illusion d’une unité. Sur le plan symbolique, la pulsation présence-absence du bon objet comme matrice inaugurale de la symbolisation, le for-da freudien, le mot tuant la chose, d’où résulte la deuxième aliénation.

Au-dessus de la barre, se trouve ce qui est directement appréhendable par les protagonistes du lien social, en tant que l’un d’adresse à l’autre. Pour autant cette relation se définit toujours comme impossible. Autrement dit notre relation de parlêtre, d’être parlé, ne nous permet pas de faire « coller l’être du sujet ». La demande formulée à l’Autre (originairement la mère ou son substitut) rencontre structurellement un hiatus, un écart, qui résulte notamment de l’interprétation qu’elle en fait.

Sous la barre, ce qui est insu, mais est indispensable à l’opération et concerne la vérité. Le plus de jouir (produit) est cependant incommensurable avec cette vérité. En somme la jouissance est « inavouable », mais existe : ce qui ne peut être ignoré du point de vue éthique et doit trouver à se dire de quelque façon.

Le mathème du discours lacanien comporte ainsi une relation marquée par l’impossibilité sur la ligne du dessus, et par l’impuissance sur celle du dessous.

Comment se structure le discours ?
les quatre symboles :

S1 = Est-ce un ? le signifiant maître qui représente le sujet pour tous les autres signifiants. S1 est l’agent du DM

S2 = Est-ce deux ? le savoir, ce qui s’échange comme sens entre parlêtre. C’est ce qui donne sens après-coup au S1 et qui sert de moyen dans la jouissance (Lacan écrira « J’ouis-sens). Le besoin de sens, S2 est l’agent dans le DU (le socle du discours de la science).

S barré = Est-ce barré ? Le sujet est barré car il est toujours aliéné par ses signifiants maîtres qui le représentent et qui proviennent de l’Autre. $barré est l’effet de liaison signifiante $ barré est l’agent dans le DH.

a = petit a. L’objet cause du désir ou plus-de-jouir. Représente l’objet fondamentalement perdu (effaçons du sujet : sein-merde-regard-voix,) le manque, le reste, la mémoire, à récupérer au travers du dispositif psychique de la fiction.

les 4 discours : DM, DH, DU, DA sont eux-mêmes articulés selon la structure générale du discours.
discours du Maître (S1) discours de l’université (S2)
discours de l’hystérique ($) discours de l’analyste (a)

Les discours s’inscrivent dans la logique des permutations circulaires (perspective dynamique). Au niveau individuel et collectif, un discours est rarement porté seul.
On notera également que les discours s’obtiennent en faisant faire un quart de tour à gauche aux quatre termes, et ce en partant du DM

DM————- DU——————-DA—————DH

Dans le mythe de la horde primitive, il s’agit du DM, pas d’humanité possible en l’absence du discours et de la loi associée, au discours porté par Dieu, par le père, par le Roi..
Ainsi le pouvoir de nomination revient à la figure d’exception qu’est le Maître.

Le DM sera malmené par le discours des Lumières (Diderot, Copernic, Galilée, Descartes) et son rejeton la Révolution Française (battent pavillon liberté). Le ciel est vide…

La disparition du Maître comme acteur principal du lien social, permet à la tyrannie des géomètres d’asseoir l’aura du DU, et de celui de la Science.

Un second changement de perspective intervient dans l’ordre social avec Freud, qui « répond » en quelque sorte à un discours toutalisant sur l’objet, discours mis à mal par Anna O.
Au savoir absolu porté par le DU, qui donne la clé de la réalité, le DA réintroduit le non-savoir de l’humain, ce non-su qui pourtant le régit..
La plainte notamment celle de l’hystérique, plainte qui essuyait une fin prescrite, se voit offrir une possibilité d’être entendue.

S1======= S2
$ ///// a

c’est à partir de lui (le DM) que se déclinent les Quatre Discours proposés par Lacan.
Du fait de sa division subjective (en place de vérité), le maître (l’agent) adresse sa maîtrise à l’autre (dont Hegel remarquait déjà que le propre de l’esclave, c’est de savoir), caractérisé par son savoir. Un manque-à-jouir (objet a) est produit.

Le discours du maître : c’est le discours qui commande

S1————————-S2
S1 le maitre le commandement, la baguette
S2 l’autre, l’esclave, ou le citoyen le savoir de l’autre
$————————— a
$ Vérité, jouissance obscène, pulsion de mort
a objet a production, le plus de jouir

IMG_5808Structuralement le discours du maître reflète la position subjective qui consiste à placer en situation première et donc dominante sa propre parole de maître, laquelle est censée représenter le sujet « lui-même » qui s’ignore donc en tant que divisé et castré, aliéné à l’Autre du fait même qu’il parle il est séparé par sa jouissance.
Le maître à l’ancienne ne pourrait être qu’un maître de la Parole, donc plutôt un initiateur, un magicien du verbe où il y va essentiellement du pouvoir et de la jouissance de nommer.
Avec l’apparition du capitalisme, dans la dialectique du maître et de l’esclave,Marx montre bien le symptôme, soit la plus-value qu’il va récupérer chez le prolétaire, l’ouvrier pour augmenter son capital. Lacan fera un parallèle entre la plus value et le plus de jouir chez le sujet qu’il nommera l’objet a.
« Le Maître fait un signe, le signifiant-maître, tout le monde cavale » Lacan dans l’envers de la psychanalyse, 1981-1982. Ce sont les signifiants primordiaux S1, en position de vérité dans le discours du maître qui mettent l’autre au travail, par ex : l’intérêt de l’entreprise, le service public, la nation, et tout ce que les hommes ont pu inventer en l’absence de Dieu.
Cette structuration de l’aliénation signifiante inconsciente du sujet figure également le ressort de la servitude volontaire au politique.
Le Maître qui en profite pour extirper, pour dépouiller l’esclave de son savoir, de son savoir-faire. Le discours nazi est un discours de maîtrise absolue sur l’autre. Il n’y a pas de sujet dans cette affaire là, je fais tourner des trains pour le maître, par pure obéissance, sans penser (Adolf Eichmann). Pour Marx « travailleurs de tous les pays unissez-vous », le travailleur est un aliéné, un exploité.
Dans la dialectique du maître et de l’esclave (hégélianisme de Lacan), Le Maître antique le premier rapport S1/Sbarré soumet sa parole (la loi) à l’esclave (le second rapport S2/a), il le nomme : « tu es cela ». Ce discours produit aussi une jouissance, celle de pouvoir nommer. Il n’est pas d’emblée une affaire de morale. Certainement, il est nécessaire « qu’au moins un » se tienne à une place donnée d’où on peut tenir parole par exemple en tant que parent, ou encore responsable.C’est seulement si la jouissance l’emporte sur le « service » rendu que le discours du maître tourne à l’oppression. Autrement l’opération n’induit pas la castration du sujet, par un Autre, lui-même châtré comme Schreber-père qui a échappé partiellement à cette opération en incarnant le tyran : tyrannie qui est, en partie, à l’origine de la psychose paranoïaque de son fils-Président.
Lacan produit les mathèmes du discours, en un temps où les discours commençaient à se déliter.
Le DM : se pervertit par sa copulation avec DS d’où la montée d’une classe des experts en tout genre. Il en résulte que le pouvoir politique ne commet plus d’acte, l’état devient gestionnaire. Le DM c’est l’envers du discours de l’analyste, il correspond à une des trois missions impossibles freudiennes (gouverner).
Le DM représente la structure du parlêtre : « un signifiant S1 se définit de représenter un sujet ($ barré) pour un autre signifiant S2.
Parler n’est pas toujours le blabla.
Tout acte de parole, acte, peut-être un forçage fondant un dire comme évènement.
Le Dire chez Freud définissant l’inconscient, soit le dire comme énonciation chez ses analysants.
Il faut se rappeler que tout du sujet n’est pas symbolisable, qu’il y a un reste réel – nommé par Freud, l’ombilic du rêve, ce qui lui échappe – résistant bien à la symbolisation.
c’est bien de cette contingence de 2 dires que Lacan a pu écrire dans sa logique le discours analytique.
Son sens éclaire celui des autres discours, une éthique étant propre à chacun, selon ce qui l’agence et la jouissance qui le cause.

IMG_5807Le discours de l’Universitaire :

S2——- a Agent le savoir à partir de Galilée objet a : un manque une question

S1——- $ S1 vérité mi-dite (impuissance), $ le plus de jouir, l’étudiant et le prof

Le DU est un discours impersonnel, anonyme, discours de pur savoir qui prétend à l’Universel (pour tous), le DU est désengagé, observateur. Le DU nie sa dimension performative, présentant une décision politique comme un simple fait. Le DU, discours de personne, il assure le discours de la science.
S2 agent, pouvoir politique, ex : l’Education nationale, matrice du discours universitaire qui s’adresse à un inconnu.
S1 Vérité cachée signifiant maître c’est le pouvoir, l’insu. La méconnaissance de l’inconscient est un signifiant important dans l’université, l’universitaire, de structure, a la psychanalyse en horreur. La psychanalyse est un séisme sur la frontière entre vérité et savoir.

L’émergence du DU, l’envers du DH, n’efface pas la figure du Maître, il en donne plutôt une dérivée.
Le Maître s’éprend d’un désir, de désir de savoir « absolu ».
De la sorte, il se retire comme signifiant Maître S1, qu’il met en coulisses, plutôt dans le sous-sol, mettre S1 en vérité revient à exclure la subjectivité de celui qui sait dans la dialectique du discours.

Au rez de chaussée se trouve donc S2, ce tout savoir que Lacan qualifie dans le séminaire 17, la bureaucratie (p.34) est en position d’agent.
S2 s’adresse à a, le plus de jouir, l’objet, l’objet de la connaissance, qui produit le sujet, un sujet qui ne peut accéder au signifiant Maître, à la marque de sa nomination, à son énonciation.
Vous trouverez des illustrations du DU dans les TCC (thérapie cognitivo-comportementaliste), le coaching, les certifications ISO, de DU caractérise le second impossible freudien : éduquer.

Mais à qui s’adresse le maître quand il parle, à qui parle-t-il quand il fait mine ainsi de s’adresser à l’élève ? Le maître s’adresse à un disciple théorique supposé pouvoir savoir, càd au fond rien d’autre que lui-même dans sa forme savante réalisée : son propre cours dicté et consigné mécaniquement par l’élève Comme S2 figurant théoriquement le trésor des signifiants, le cours du professeur représente cette totalité d’informations et de réponses possibles. Mais elles restent évidemment illusoires et de toute façon inaccessibles, sous cette forme aux élèves.
Ce discours prétend donc transmettre et forcer la constitution d’un savoir chez l’élève, dont la propre parole n’est qu’accessoire puisque le but en effet est de produire la sacro-sainte « copie », laquelle se voit endosser la fonction d’objet précieux. D’autant plus précieux que si le maître fait travailler le l’élève comme un forcené, voire un esclave, c’est aussi dans le but de s’en nourrir lui-même, avant d’être finalement dépassé par l’élève selon la plus parfaite dialectique du maître et de l’esclave. Ce discours – du moins s’il est érigé en modèle- annonce évidemment un ratage intégral dont les effets peuvent s’avérer extrêmement pervers, même s’il peut faire illusion pendant un certain temps. D’un côté le signifiant maître revêt un caractère arbitraire exacerbé tandis que le sujet s’exhibe comme non castré, maître du discours, de l’autre l’élève ne peut produire que le plus mauvais discours, la mauvaise copie singeant précisément la voix de son maître. Il faut bien jouer au maître à condition de ne pas s’identifier réellement à lui, donc en ménageant une distance ironique propre à désamorcer la haine de l’élève.

délitement du DU, il brade le savoir, dont il est le garant, à l’office du marché sous forme d’unités de valeur. Les contrats entre l’université et l’entreprise privée en témoignent, ce qui n’est pas sans orienter ce qui s’enseigne. L’ irruption d’internet, permet l’accès à tous les savoirs, les plus variés ou même érudits, ce qui change la donne (pomper son devoir).

Le discours de la science dit scientiste, à ne pas confondre avec le discours scientifique est un discours voisin de celui-ci, dont les effets sont véritablement ravageant pour le sujet qu’il veut mettre à l’écart. Cet avatar du discours scientifique se trouve lié au développement des stés industrielles et particulièrement à l’organisation économique capitaliste en occident. Ce discours envahi l’ensemble des discours sociaux qui règlent le « vivre ensemble » des stés modernes. Ce n’est pas la Science ni les scientifiques qui sont à remettre en cause, mais cette prolifération d’un type de discours qui vise à éliminer dans les relations sociales la part de subjectivité. Il déstabilise gravement les modes de transmission entre les humains, que ce soit dans l’ordre de la filiation, de l’éducation ou de l’apprentissage.

Je » touche au statut de la vérité. La vérité n’est pas la mesure, l’exactitude, la preuve. La vérité ne se prouve pas, elle se dit, elles se produit de l’énonciation d’une parole.

IMG_5806Le discours du l’hystérique :

$—S1

a // S2

L’impossible satisfaction sera l’emblème permanent de l’hystérique englué dans sa plainte,
confronté à la faille permanente entre ce qu’il demande et ce que l’Autre lui offre en réponse (son incomplétude =S(A barré).
Le plus de jouir, l’objet a de Lacan, est la vérité du symptôme auquel s’identifie le sujet.

C’est au titre de l’objet de son désir que l’hystérique tente d’interpeller le signifiant maître, celui de la médecine, de la science ou de la psychanalyse afin d’affirmer l’impuissance de ce maître à produire un savoir S2 qui rendrait compte de cette jouissance (a) qui la fait tant souffrir.

Interpeller le désir de l’Autre (maternel ou substitut), le faire désirer, sera une tendance constitutive pour tout sujet.
Dans le DH, l’objet irrémédiablement perdu : a, l’effaçons (oral-anal-scopique-invoquant) du sujet est en place de vérité.
Il est représenté par le sujet Barré qui s’adresse au signifiant S1, afin qu’il produise ce savoir (S2) qui donnerait la clef de l’énigme de son désir.
Mais le signifiant maître reste un signifiant et il renvoie toujours à d’autres signifiants. Il ne peut dès lors offrir la signification ultime du symptôme au/du sujet.
Le DH est singé par le Discours publicitaire, celui du parlêtre est mis hors jeu, voir effacé.
Parlons de la Jouissance : elle commence par la chatouille, jusqu’à l’embrasement de tout le corps et peut conduire à la mort. C’est pour ça que tout le monde en a peur. Qu’est-ce que c’est ?
elle nous saisit, c’est ce qui fait le fond de la vie, le plus souvent on s’en plaint, pour ce qui est des rapports en l’h et la f, ce qu’on appelle la collectivité, ça ne va pas. Une grande partie de notre activité se passe à le dire. C’est donc un rapport dérangé du sujet à son corps. Coup de génie de Freud : coucher ceux qui se plaignent sur un lit très spécial appelé le divan : lit où on ne fait pas l’amour, mais qui conduit immanquablement au lit de la naissance,qui est aussi le lit des parents.
La jouissance comme dérangement dès qu’on en parle elle commence à exister, du fait qu’elle est dite. Freud ne la conceptualise pas la Jouissance, il en cerne le champ qu’il situe au-delà du principe de plaisir, où se manifeste paradoxalement comme plaisir dans la douleur des phénomènes répétitifs, cauchemars, symptômes, conduites d’échec. Jouissance ruineuse donc qu’il appelle pulsion de mort. Le plaisir est une barrière contre la Jouissance qui se manifeste en excès par rapport au plaisir en confinant à la douleur. Avec le terme unique de Jouissance Lacan fait l’économie conceptuelle considérable puisque sous ce vocable très exceptionnellement utilisé par Freud, se rapportent toutes les modalités de Jouissance. Génus qu’il a pu décrire : horreur, déplaisir, insatisfaction, douleur, masochisme érogène, libido et jouissance sexuelle.
La Jouissance première de tout le corps se manifeste comme une palpitation de la vie, dont on ne sait rien. Après la suffocation orgastique de la naissance, le premier cri, puis le cri qui se répète chez l’enfant comme un crescendo de Jouissance insupportable, témoignent de cette Jouissance d’avant la parole, d’avant le langage. Dans le corps à corps avec la mère qui apaise, en réponse au ronron, à la lallation de son babil, le nourrisson reçoit d’elle les mots de lalangue privée dite maternelle qui font traces. Elle anime sa Jouissance et la civilise, la convertit en satisfaction. Dans cette relation si intime entre le jeune enfant et sa mère, la parole c’est le rapport sexuel qui s’écrit entre 2 générations voisines, comme un bain de Jouissance par cette transmission de lalangue. Mettant un terme au ravage qui s’amorce, la mère et le père interviennent. Non pas comme des fonctions mais comme des êtres de chair, désirants et parlants pour que l’enfant puisse renoncer, de son propre à ses satisfactions premières. La mère pose une limite, en ne confondant pas son Etre de mère avec ce qu’elle est comme femme, occupée à sa Jouissance Autre, la féminine, hors discours et par là-même inaliénable. Le père réel intervient lui aussi pour remplir sa fonction d’exception, ce père qui donne d’abord son nom et qui prend soin paternel, qu’il le veuille ou non, des enfants qu’il a eu d’une femme élue, causant son désir. Il ne quémande pas l’amour, ce qui ne l’empêche pas d’aimer, ce qu’il profère, à condition que ce ne soit pas cousu de fil blanc, c’est que la loi, est juste mi-dire que la vérité n’est que la petite soeur de la Jouissance. C’est la loi de l’amour, rien à voir avec les règlements du monde, la nouvelle version du père qui n’est ni le père Noël, ni le père fouettard.
Voilà les seules réponses que la psychanalyse puisse donner des conditions pour que la parole fondamentale institue la vie. Une vie qui se transmet de génération en génération et qui prend sens du désir, au-delà de la détresse d’être né. D’où l’irréductible de cette structure de fiction 2+a que constitue le couple parental au regard de l’enfant objet a. Pour que cet enfant nommé, l’enfant produit du malentendu de leurs jouissances puisse faire un choix logique de son être sexué, en prenant ses assises dans les discours qui l’attendaient à sa place, non seulement comme sujet mais en présidant aussi à la venue au monde son être biologique.
Après 1968 Lacan considère comme un remue-ménage conformiste voire décadent, les slogans : « il est interdit d’interdire », sans mépris, il revendique l’ouverture du champ de la Jouissance. Jamais personne avant lui en effet n’avait tenté d’élaborer comment elle était un ressort majeur de la marche du monde.

IMG_5805Le discours de l’analyste :

a——— $

S2 // S1

Précisons qu’il ne s’agit pas du discours de la psychanalyse, car à nommer ainsi abusivement le 4ème discours, il y aurait un glissement fâcheux, soit vers le discours de la science, soit vers le discours universitaire.

Il y a le discours de l’analyste, et cela ne se confond pas avec le discours psychanalysant, le DA est un discours tenu effectivement dans l’expérience analytique de la cure.

On voit l’objet a dans son rapport au fantasme, fonction structurale du fantasme: ce « a » cause du désir en position d’agent, de semblant.

S1 est à la place du produit : l’inconscient produit de par l’association libre de nouveaux signifiants, une parole, un plus de jouir.

Le S1 dans son rapport au $ cela représente la division du sujet Si S1 et S2 sont coupés, c’est le signe du refoulement à lever.

Le savoir S2 est en position de vérité, « c’est comme identique à l’objet a, c’est à dire à ce qui se présente pour le sujet comme la cause du désir, que le psychanalyste s’offre comme point de mire à cette opération insensée, une psychanalyse, en tant qu’elle s’engage sur la trace du désir de savoir. » dira Lacan ;

c’est dire que la psychanalyse est renoncement à la jouissance du symptôme.

Le 3ème impossibles freudiens :

psychanalyser, est mathématisé par le DA, discours qui résiste au toutalitarisme du DU (Sciences..) est institué en place d’agent.

A la place de la vérité, vient le savoir, le savoir insu, le savoir inconscient du sujet.

Dans le dispositif analytique (intersubjectif), le sujet suppose à l’agent le savoir qui lui donnerait la réponse concernant l’énigme de son désir.

A ce transfert au supposé-savoir, l’analyste répond par une absence (a), absence relative puisqu’elle témoigne d’une attention flottante aux diverses manifestations de l’inconscient du sujet (rêve, acte manqué, lapsus, acting out, ..)

Cet agencement subjectif, favorise la production par le sujet des signifiants, plus précisément les signifiants Maîtres qui structurent son désir.
« Le discours de l’analyste se distingue de tous les autres en ce que son agent n’est pas un signifiant mais « l’objet a » qui présentifie le réel. Ce discours produit le « S1 » à quoi le sujet s’est pris, le signifiant-maître qui le gouverne. Quelque chose qui a affaire avec le refoulement originaire et comme tel ne peut être cerné autrement que comme jeu de lettres « hors sens ». Une telle découverte n’est pas sans violence. Il faut, comme disait déjà Freud, opérer une sorte « d’épluchage » des couches successives de significations qui entourent ce noyau. Dans ce dispositif, la notion de « communication » ou de « relations humaines », aujourd’hui promue au rang de nécessité pour expliquer et régler la souffrance humaine, se trouve singulièrement mise en cause.. La caricature qui montre l’analyste absent de la séance, ou endormi, en pressent la dimension scandaleuse – il n’y a personne ! On n’est pas là pour « bavarder ». Ce qui est cependant ignoré, c’est qu’il y a quelque chose qui est semblant de Réel. Ce presque rien, il est du devoir du psychanalyste d’en maintenir la fonction énigmatique pour mettre le sujet désirant $ au travail. C’est pourquoi le psychanalyste ne répond pas dans les termes attendus du savoir, du conseil, de la prescription ou de la consolation. » Robert Lévy.

IMG_5804Le discours du capitaliste DC :

$ ——————— S2
S1 /////////////////////// a

Le circuit inversé, S1/$ du DM par la même occasion il inverse le sens du flux, ce qui annule le trajet de l’agent vers l’autre (trajet 1 dans les 4 discours.)

Lacan était de son temps, il avait repéré l’importance de la mondialisation des échanges marchands et la domination du discours libéral..

Cette formalisation apparaît dans télévision, texte recueilli à partir de l’entretien réalisé par Benoît Jacquot pour l’ex-ORTF, où il apparaît que la simple torsion de la première fraction inverse les flux et abolit les relations d’impuissance et d’impossibilité.

Cette évolution du discours du Maître en discours capitaliste correspond à l’avènement du néolibéralisme, cette « mutation du capitalisme » théorisée par Michel Foucault, qui instaure « le divin marché » au principe même du lien social. Il serait donc plus juste de l’appeler discours néolibéral..

Commentaires :
Pour Lacan, : « le discours du capitaliste est follement astucieux mais voué à la crevaison.
C’est que c’est intenable dira t-il, il a suffit d’une toute petite inversion entre S1 et $ qui est le sujet, ça suffit à ce que ça marche comme sur des roulettes, ça ne peut marcher mieux, mais justement ça marche trop vite, ça se consomme si bien que ça se consume.
Maintenant vous êtes embarqués.. »
On pourrait dire qu’on a là un discours du Maître perverti, qui serait le « discours du mettre », comme dans mettre au placard, mettre à la poubelle, mettre au chômage, mettre sur la paille, au fond, un discours où l’individu, à distinguer du $ sujet de l’inconscient, se fait abuser.. se fait mettre ! L’inversion de $ et de S1, par rapport au discours du Maître, c’est placer le S1 en position de vérité et mettre le $ en position d’agent comme vous l’avez vu..
Mais pour qu’il puisse se formaliser, il faut aussi supprimer les vecteurs entre agent et jouissance, et entre vérité et plus de jouir.
Cette nouvelle écriture, nous montre combien on peut parcourir la structure sans rencontrer l’impossibilité existante dans les quatre autres; un parcours selon un huit renversé, en boucle.

Ce nouveau discours, mais est-ce encore un discours dans la mesure où les liens fondamentaux qui faisaient l’éthique des quatre autres sont corrompus ?
Pour quelles raisons il a pu advenir ? Il n’a pu advenir que par le changement dans le discours du Maître, dans le discours de la science et dans la place du savoir.
Un savoir qui se jouit du sujet en empruntant son autorité à la science, la science répondrait de tout ; d’un savoir du Maître à un savoir de Maître.
Donc un changement dans la place du savoir.
Pensons à tout ce qui est illusion de transparence promue comme liberté suprême et respect de l’individu, à l’évaluation de plus en plus coercitive pour améliorer le confort du citoyen, voir la politique de la santé.
Le discours capitaliste repose sur la conviction que la science rend compréhensible tout ce que nous aurions à connaître (savoir), que la technoscience peut fabriquer tout ce dont nous avons besoin (objets) et que le marché nous donnera accès à tout ce qui nous manque (jouissance).

Une science qui répond de tout, il y a l’illusion que rien en lui est impossible, cette illusion est plus de l’ordre du déni, car le consumérisme vise toujours le même travailleur, celui qui produit cette plus value est déni car ce « rien n’est impossible » en est déjà un.

Comment se singularise le DC :
Le discours capitaliste se singularise par une circularité complète et infinie entre les places :

$—-S1 — S2—- a—-$—-S1 etc..

Ainsi le sujet au désir impose la vérité des signifiants Maîtres néolibéraux pour faire travailler l’autre du savoir à la production d’un plus de jouir qui vient renforcer le désir du sujet : en quelque sorte, plus je bois plus j’ai soif.

Lacan le formule ainsi lors de cette conférence à Milan : « l’exploitation du désir, c’est la grande invention du DC, parce qu’il faut l’appeler quand même par son nom. ça je dois dire, c’est un truc vachement réussi. Qu’on soit arriver à industrialiser le désir, enfin … on ne pouvait rien faire de mieux pour que les gens se tiennent un peu tranquilles ? et d’ailleurs on a obtenu le résultat.

Surtout l’accès à la jouissance n’est plus inter-dite : le sujet est directement branché sur le plus de jouir produit, qui vient le relancer sans fin, dans une insatiable quête. Spirale infernale, dans laquelle le sujet se trouve sous la coupe de l’objet a, soit une normalité additive induite par le discours capitaliste.
Nous y sommes, nous y sommes tous pris, c’est un fait historique.
A la limite le DC promeut un semblant de sujet qui est agi par la pulsion, pulsion qui se caractérise chez l’être parlant par la répétition infini de son échec à satisfaire pleinement.
Cette influence réciproque entre le sujet et l’objet a dans le DC, rend compte de la fétichisation de la marchandise et la « perversion ordinaire » référence à J.P. Lebrun, Vivre ensemble sans autrui (2007) dans la socialité actuelle.

Par ailleurs le DC se trouve en quelque sorte désarrimé du symbolique, dans le sens où l’articulation S1 S2 se trouve assujettie au couple infernal a à $ qui se trouve être l’une des formulation du fantasme que Lacan écrit ($ poinçon a), soit l’ensemble des relations possibles du sujet à l’objet de son désir.
Le DC de notre modernité écranique privilégie ainsi l’imaginaire sur le symbolique, il substitue l’image à la réflexion, l’insigne au signifiant. Bienvenue dans la réalité virtuelle.
Le sujet post-moderne est livré à lui-même, sans ancrage historique, sans racine, voire même sans modèle.
L’adolescent d’aujourd’hui est sommé de se conformer au fonctionnement d’objets de plus en plus sophistiqués, sans mode d’emploi. Et l’on voit bien comment ces objets, qu’il désire, déterminent un lien social particulier. Un lien social dont les 140 caractères de Twitter constituent la pointe avancée de l’acculturation. C’est un lien social virtuel, qui se constitue autour de l’objet : une communauté internet, un groupe facebook, un jeu multi-joueur, etc.

C’est une servitude volontaire, une soumission du désir (en position d’agent) aux produits dictés par les signifiants primordiaux de la finance S1 en position de vérité.
C’est un sujet clivé, qui en tant qu’autre du DC, participe à son insu au renforcement de l’emprise néolibérale.

Les répercutions révélées par le DC sont considérables sur la structure sociale.
Ainsi, le premier rapport, qui désignait un locuteur représenté, témoigne maintenant d’une absence, d’un non-être.
Le capitaliste est réduit à l’anonymat, il est non nommé, il boursicote, il joue du capital et peut jouir sans temps mort, sans entrave. Ce qui n’est pas sans effet : rappel des récentes déconvenues de la Sté Générale et du trader Jérôme Kerviel, et plus globalement la crise financière…
Où se terre la main invisible régulatrice des jouissances, des marchés ? Par ailleurs, ce sujet « assujetti à rien », le capitaliste financier, pur, ne s’adresse plus à l’autre (époque contemporaine de l’Autre n’existe pas), à qui il soutirera sa jouissance sous forme de plus-value capitaliste.
Mais à la différence de l’esclave, le prolétaire, par le biais (billet) de l’acte de consommation prôné par le système néo-libéral, peut récolter une partie du fruit de son travail sous forme de plus-de-jouir, de gain de jouissance.
Là, avec le DC, il n’y a plus de vecteur liant le sujet à son savoir ; est-ce là le résultat, à savoir ce que Lacan appelle « l’homogénéisation des savoirs », qui réduit les savoirs à un marché unique, ce qui fait « que la jouissance s’ordonne et peut s’établir comme recherchée et perverse. (ex la marque camembert, les chinois la briguait pour l’estampiller sur un produit laitier qui n’a rien à voir avec la confection traditionnelle du produit français.)

Donc dans cette logique : globalisation d’un côté, ségrégation de l’autre, c’est justement la logique de la jouissance, la logique de la satisfaction de la pulsion qui va toujours contre l’identification de modes de jouissance globale. C’est pour cela que nous insistons essentiellement sur le « un par un » de l’analyse, sur la particularité du sujet où il faut être très attentif à ne pas considérer une forme de jouissance comme globalisante, ou comme une forme à donner comme identification à l’autre.
La jouissance comme telle est toujours rebelle à l’identification du groupe. Dans ce sens le sujet doit trouver sa propre forme de jouissance. Ce que nous désignons comme le fantasme particulier de chaque sujet, c’est en fait la forme de traitement pour chaque sujet, de la jouissance. Dans les années 70, Lacan disait que nous étions malade du « Un », le problème est que nous pensons toujours de la jouissance de l’autre qu’elle est moins véritable et même « sous-développée ».
La question serait alors pour se guérir de la normopathie et de son propre symptôme, de ne pas considérer la jouissance de l’autre comme sous-développée, d’essayer de la respecter comme jouissance de l’autre et de ne pas vouloir la réduire à l’Un de la jouissance phallique. Ne pas la réduire à la jouissance toute phallique, pour pouvoir écouter la particularité de la jouissance du sujet. C’est la raison pour laquelle sa propre analyse est nécessaire pour le psychanalyste, pour se séparer un peu du semblant de sa propre jouissance et pour pouvoir écouter l’autre, sinon il écoutera le symptôme de l’autre selon sa propre normopathie.
Revenons au DC, il se distingue par le rejet hors du symbolique de la castration, voir que ce discours, pour reprendre les termes de Lacan, laisse de côté « les choses de l’amour ». Au sens où il n’y a pas de rapport sexuel, seul l’amour supplée à ce manque, il faut voir dans cette copulation du discours du Maître et du discours de la science un rapport avec tout le désastre que cela entraîne pour le $ de l’inconscient. Le sujet éjecté dans le DC est toujours un être de langage, les quatre discours que sont les figures possibles des différents types de lien social, interrogent le rapport du sujet au fantasme et à la jouissance autour de quoi s’organise le social. Au fond, qu’est-ce-qui fait jouir l’Autre ? Avec le DC la réponse est radicale, péremptoire, autoritaire, plus de question, mais une jouissance réduite à un plus de jouir : impasse qui a rejeté le sujet pour faire de lui néanmoins un instrument rentable, chiffrable, évaluable, marchandisage au final.

Alors comment faire avec cet excès point dénué d’obscénité, avec ce qui excède le sujet ?Rappelons nous que le DA impose à l’évidence la distinction et l’articulation du champ du plaisir et du champ de la jouissance comme constitutifs de la parole : et que la diversité des discours se fonde sur la différence des places assignées au plaisir et à la jouissance, tous sont traversés par la castration, seul le discours capitaliste forclos la castration, efface la dimension subjective du sujet.
Repensons à la pulsion de mort qui dans la déliaison psychique opère une invention qui pense le conflit. La psychanalyse n’est-elle pas une expérience du conflit ?
Si notre tâche de psychanalyste est encore plus impossible aujourd’hui dans ce contexte du discours néolibéral, nous pouvons avancer, qu’ à ne pas être amoureux de notre inconscient, nous errerons ! Défendons donc le sujet divisé si nous ne voulons pas jouir sauvagement de nos symptômes.

Chantal Cazzadori
Psychanalyste

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Références
http://www.philosophies.tv/chroniques.php?id=812
le plaisir et la société de consommation
par Thierry Vincent, psychiatre, psychanalyste

http://www.philosophies.tv/evenements.php?id=792
plaisirs, désirs et aliénations
Rencontres philosophiques d’Uriage
Dany Robert Dufour philosophe