QUID de la PHOBIE: Discours et/ou structure ?

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Matisse_01Son Universalité

Comme peur irrationnelle, irraisonnée, c’est sans doute le symptôme psychopathologique le plus répandu. Il est pourtant, déclenché par une circonstance sans danger.
Quand avons-nous tous été phobiques ? Dans notre enfance pardi ! Phobique des souris, des araignées, du noir, du loup, des fourmis, de la chasse d’eau, fort heureusement, nous avons souvent pu dépasser ces peurs. Toute une sorte d’histoire naturelle de la phobie infantile et de son évolution pourrait s’écrire ainsi.

Pour d’autres sujets, si elles persistent, la gêne peut être constante, considérable exigeant des moyens de lutte pour les combattre psychiquement coûteux, car en effet la phobie est un combat. Elle peut d’ailleurs, infléchir des choix de vie. Par exemple, pour une personne souffrant d’agoraphobie, celle-ci va décider de travailler chez elle, en gagnant moins pour éviter la peur. La lutte et la tension dans lequel ce type de phobie fait vivre a un côté épuisant. On constate que ce type d’angoisse est plus fréquent voire plus facilement avoué du côté des femmes.
Ordinairement, les phobies disparaissent lorsque le danger attribué à l’objet phobogène s’estompe du fait des progrès de l’élaboration des fantasmes, soit de la maturité de l’enfant. C’est le développement du Moi qui a raison des phobies, qui disparaissent lorsque leur rôle psychique n’a plus sa raison d’être.

Matisse_02Les stratégies utilisées quand les phobies se sont installées pendant l’enfance ou l’âge adulte sont les suivantes :
L’évitement est très habituel (ne jamais prendre l’avion par ex. ou éviter les autoroutes),
Autre manière d’y échapper : j’ai peur est remplacé par un : « j’aime pas » pour dissimuler derrière le rejet, un choix.
Ou encore, transformer sa phobie peut-être une manière de se confronter à elle, en trouvant sa propre solution, dont une partie vise à répéter la situation qui a traumatisé le sujet : une visite chez le docteur génératrice d’angoisse, et voici l’enfant qui va « jouer au docteur », soit sur un mode de l’identification à l’agresseur, il sera le docteur qui fait la piqûre à son camarade de jeu, soit dans le rôle du malade, soit dans l’alternance des deux. Cette confrontation à la situation dangereuse se retrouve également dans un certain nombre de choix de carrière : l’ex phobique des serpents deviendra dresseur ou photographe, l’ex personne sensible aux vertiges fera de l’escalade, etc.
Une autre façon encore de transformer sa phobie en « phylie », consiste à se prendre de passion pour des animaux. Cette attitude permet de trouver sa propre solution à l’angoisse. Ainsi, la peur est niée par des conduites contre-phobiques, c’est-à-dire, réussir à prendre le dessus, « il ne peut rien m’arriver », se persuade-t-on. Il s’agit là d’une négation de l’émotion de peur – de l’affect d’angoisse – et affirmation de sa toute puissance.

Matisse_02aLe Florilège des phobies:

Toute personne ou toute situation peuvent être élues comme objet ou situation phobogène. Il est impossible d’établir un catalogue exhaustif des différentes phobies. Pour les nommer, on a traduit le nom de l’objet ou de la situation phobogène par un mot savant grec suivi du suffixe phobie. En grec ancien, « phobie » signifie « effroi ». Sous l’emprise de l’effroi, la phobie donc la pensée raisonnable est stoppée net, le temps est comme suspendu, et la personne se sent sans recours face à un danger qui menace de la détruire. Nous rencontrons une très grande diversité d’objets phobogènes. Tout peut être sujet à phobie, mais juste un certain nombre de termes savants sont consacrés par l’usage médical et psychiatrique, par ex : l’ochlophobie est la peur de la foule, la tachyporiphobie de la marche rapide etc.
Les zoophobies désignent donc toutes les phobies qui s’appliquent aux animaux. Celle des gros animaux, exprimées souvent en termes d’angoisse d’être dévoré par – cheval, vache, chien et autres-, précèderait chez l’enfant celle des animaux petits : souris, cafards, lézards … Les gros animaux seraient des substituts de la personne des parents, du père – comme c’est le cas du cheval dans la phobie du « Petit Hans de Freud »; les petits animaux seraient une figuration de l’organe génital et de ses capacités à pénétrer dans les orifices corporels.

Ainsi tout un florilège de phobies concerne celles :
des espaces : les deux phobies reines se partagent la rubrique : l’agoraphobie et la claustrophobie
celles liées au corps : être attaqué, mangé, pénétré, contaminé, saisi.
à l’activité corporelle : la crainte de s’exposer, chez certaines adolescentes, la peur de manger devant tout le monde.
les phobies d’impulsion : la plus répandue s’organise autour des objets pointus ou coupants : couteaux, ciseaux, outils avec lesquels on pourrait blesser ou tuer quelqu’un.
les phobies des personnes : l’enfant par ex crédité d’intentions hostiles envers sa mère, ces intentions sont naturellement le renversement des fantasmes d’hostilité maternelle.
et autres phobies des personnes : la gérontologie, de la couleur de la peau etc. Elles sont particulièrement dommageables dans la mesure où elles aboutissent à une mise à distance globale des autres, et sont ainsi à l’origine de troubles des liens sociaux.
enfin les phobies composites telles que les phobies scolaires qui associent nombre de craintes : celle du groupe des contemporains, de la personne du maître, du trajet, la claustrophobie de la salle de classe, la phobie du savoir, du fonctionnement intellectuel, la crainte de l’humiliation publique, de l’exercice physique contrôlé, l’angoisse de séparation.

Toutes ces psychophobies porte toujours sur un « danger interne », déplacé sur un élément du monde extérieur, mais appartenant bel et bien au monde interne. (1)
En effet, l’objet réellement en cause, c’est l’intérieur du psychisme lui-même. L’objet « phobogène » n’est pour la psychanalyse que la projection sur l’extérieur d’un danger interne, pulsionnel.

Matisse_03Phobie et phobies : l’écriture de l’angoisse

La phobie est ce qui met l’angoisse à l’œuvre, ce qui vient lui trouver une occupation. Comment Freud en vint-il à cette idée ? Question posée par Paul-Laurent Assoun (2).
Face à un fourmillement de phobies, plus de 132 recensées, Freud en refusant cette espèce de dévotion à ces petites peurs statufiées, n’éludera pas la question essentielle : « mais qu’est-ce que la Phobie ? ». En fait il va en dégager deux, significatives qui sortant du rang, vont venir interroger l’ensemble : l’agoraphobie ou « peur des espaces » d’une part, la zoophobie ou aversion des animaux d’autre part. Freud se fiera, en contraste de ceux qui font parler grec les phobies, au langage enfantin du petit phobique qui lui, appelle un chat un chat et un pénis un « fait-pipi », bref qui parle la langue naturelle de son angoisse…
Freud soulignera un premier point : la phobie tient à l’angoisse, donc que la peur est la couverture de – et pour – l’angoisse, ce sera formulé dans des écrits-souche des années 1890, « Obsessions et phobies ». Dans la phobie, c’est l’angoisse qui vient au premier plan, pure ou brute, et non pas mêlée au doute, au remords,…, comme dans l’obsession.

Matisse_04Le regard d’angoisse

L’objet phobique touche au regard, je ne peux voir sans être « persécuté par » l’angoisse. Dans la phobie des serpents attribuée à Darwin et rapportée par Freud il nous dit ceci : « bien qu’il se savait protégé par une vitre, il ne pouvait se défendre d’angoisse face à un serpent se déplaçant devant lui ». Le sujet phobique se sent regardé par l’objet, l’objet « le regarde », au sens propre comme au sens figuré (ici confondus)? Ainsi placé « sous verre », il se pose comme la chose menaçante. (2)

Un phobique nommé Freud

En 1890, moment où il amorce sa théorisation de la phobie, il parle des signes de sa propre phobie : peur assez marquée d’arriver en retard au train, anxiété du départ, besoin d’ouvrir les fenêtres, cette phobie touche à la fois au temps (mortifère) et au confinement (spatial). Partir, pour le phobique, c’est mourir un peu plus qu’un peu et se retrouver enfermé dans un lieu dont il ne peut plus sortir, vers une destination imposée où il est réticent à se laisser conduire. (2)

Façade phobique et avant-poste de l’angoisse

Selon Freud, le sujet se cabre spontanément devant l’excitation interne et la revendication pulsionnelle. C’est l’excitation interne qui contient en germe l’éclosion de la phobie, qui s’origine dans la peur de soi. Point de peur sans danger, mais la phobie naît du tamponnement avec un « dehors ». Le phobique réagit à une perception menaçante, à un danger extérieur qui vient matérialiser le danger interne, pulsionnel, organisant à partir de cette mauvaise rencontre une tentative de fuite. L’objet phobique circonscrit donc l’angoisse. De fait, la phobie elle-même est une construction. Pour employer un vocabulaire à la Vauban, « un fort », ou fortification, bref un « avant-poste ». J’ai peur de la bête, elle me procure de l’angoisse, mais me menaçant, elle me protège du pire, soit de l’angoisse pure. (2)

Matisse_05Pour comprendre cela il va falloir nous installer sur la scène de la phobie avant de la penser.

La phobie s’installe après qu’un premier accès d’angoisse a été vécu, dans la rue, en chemin de fer, dans la solitude, par exemple.
Ce qui va inaugurer la phobie, c’est une attaque de panique. Pour l’agoraphobe, elle commence son histoire de souffrance avec une attaque d’angoisse dans la rue. Puis, la phobie s’installe et scelle le destin du sujet. Quel est ce réel qui inaugure la (més)aventure phobique, soit cette peur première ? Cette panique, cette peur intense qui s’inscrit ponctuellement dans le sujet l’affole et le désoriente, elle vient recouvrir une question : quel est l’objet de cet affect, lié de toute évidence à une situation-limite où le sujet perd dramatiquement la maîtrise de son être ? Nous avons là une collision frontale de l’angoisse et du réel, qu’est-ce-que cela signifie-t-il ? Point de panique sans perception d’une monstruosité dans le réel. La chose, de surgir, libère l’angoisse dit Freud, « gigantesquement grande ». Dans la panique, l’angoisse prend corps dans la peur. C’est un éprouvé d’intense solitude et de sauve-qui-peut.
L’objet-cause de la panique, c’est cela : ce qui n’est pas à sa place dans l’espace et dans le temps et pourtant rapproche le sujet, instantanément, d’une exorbitante présence, connue depuis longtemps ou plutôt pressentie depuis toujours. Une voix doit résonner dans le sujet : « Quelque chose va arriver et si cela arrive – tel que je le vois ou le pressens -, « je suis cuit ». Cette « pré-monition » passe, éminemment, par le regard : « Si cela me regarde, je disparais ». Point de panique sans cet effet de médusement. Sur quelle scène le sujet est-il alors passé ?(2)

Matisse_06Clinique freudienne du cas princeps « la phobie du petit Hans », revue par Lacan
et explicité ici selon Philippe Julien (3)

Dans le premier temps, Hans, comme tout enfant, veut être l’objet d’amour de sa mère. Il vit dans le leurre de la relation imaginaire, dans cette comédie de l’alternance : ou bien, sans moi la mère reste inassouvie ; ou bien, je la comble en étant pour elle le phallus qui lui manque. Cette alternance, où prend place l’image narcissique du Moi, réalise l’amour pour la mère dans le but d’être aimé par elle en lui apportant le plaisir. En effet, l’être aimé est fondamental pour l’enfant.

Dans un deuxième temps, le symbolique va naître, du coup la relation imaginaire va défaillir. Il y aura frustration imaginaire, c’est-à-dire le refus de la part de la mère de donner le signe d’amour. Nous retrouvons ce questionnement chez le petit Hans à la naissance de sa sœur Anna, sa mère tournée ailleurs, absente, occupée par la petite, l’inquiète. A la question quel est le désir de l’Autre ? Il n’y a pas de réponse dans le symbolique, c’est alors la déception et la décomposition. Et c’est l’angoisse. Que veut-elle donc ? Que suis-je pour elle ? Interrogation sans fin.
Comment assumer cette privation suprême de ne pouvoir d’aucune façon combler la mère, pour en retour être aimé d’elle ? Hans s’angoisse, car l’objet lui échappe.

Matisse_07Dans un troisième temps

La phobie du cheval fait réponse à cette question, en tant que l’objet phobique vient protéger contre l’angoisse. C’est la seule solution qui reste en raison de la carence paternelle. En effet, parce que le père de Hans ne creuse qu’une place vide, l’angoisse cherche son secours et trouve son support dans la figure du cheval. Ainsi Lacan disait en parlant de la cause du drame qu’est le père tout à fait gentil : « S’il y avait un Vatti dont on aurait pu vraiment avoir peur, on aurait été dans la règle du jeu, on aurait pu faire un véritable Œdipe, un Œdipe qui vous aide à sortir des jupes de votre mère. Mais comme il n’y a pas de Vatti dont on a peur, comme Vatti est trop gentil, dès qu’on évoque l’agressivité possible du Vatti, le signifiant phobique de l’hippodrome se décharge d’autant, et c’est enregistré dans l’après-midi même. » (4)
Comme le père et Freud enregistrent régulièrement la parole de Hans, le signifiant cheval change de signification en fonction de son rapport avec d’autres signifiants, elle n’est pas fixe comme le prétend la psychologie. Ainsi Hans, en parlant, progresse quant à la signification du signifiant cheval. C’est d’abord la morsure du cheval comme dévoration de Hans par la mère castratrice. Puis, c’est le pénis possédé par un père. Et enfin, c’est le Père lui-même, tout puissant, instaurant le complexe d’Œdipe et la castration normale. Ainsi par ce point d’arrêt et par cet accrochage l’analyse de Hans trouve sa réussite : la mère décline et l’angoisse est surmontée.

Matisse_07aDans un 4ème temps

Or cette réussite de la symbolisation de la castration est l’accomplissement même de la fonction du signifiant cheval, de sorte que le 2 mai, après quatre mois, l’objet phobique peut disparaître. Il laisse place à des personnages appelés par Hans comme castrateurs nécessaires : tout d’abord, le serrurier qui dévisse la baignoire et la perce; puis, celui que Hans appelle l’installateur, le plombier qui termine la phobie et clôture la cure ; en effet, l’installateur en sa fonction positive de castrateur enlève, avec une pince, le derrière de Hans et lui en donne un autre. Hans à partir de ses mythes met en place un discours qui donne lieu à interprétation par le père et Freud pour l’aider à faire son passage œdipien. La castration n’est pas une simple privation, mais une transmission.

Tel est le retour à Freud par Lacan. La phobie est posée à l’avant-poste devant l’angoisse, et grâce à l’écoute de son père et de Freud la parole de Hans disant ses fantasmes lui permet enfin d’instaurer le complexe d’Œdipe et d’aller au-delà. Cette lecture freudienne de Lacan est la distinction symbolique des quatre temps : le mode imaginaire du moi phallique, la naissance de l’angoisse, la réponse phobique et son achèvement par la parole échangée.

Matisse_08La méthode des TCC (thérapies cognitives et comportementales)

Comment distinguer la psychanalyse des psychothérapies dites brèves pouvant guérir une phobie en 10 ou 15 séances ?
C’est par son soutien externe, que le thérapeute tentera de guérir ainsi ce qui est en souffrance chez le sujet, sans forcément distinguer la suggestion du transfert, ce qui aura comme effet de renforcer la croyance dans un Autre supposé savoir. Pour éviter un simple effet hypnotique passager produit par cette place de supposition, c’est-à-dire, croire que le sujet n’y est pour rien dans cette histoire, que le thérapeute peut tout pour lui s’il l’écoute et fait ce qu’il lui demande en fonction d’un protocole bien établi par exemple. Même si le transfert est presque naturel dans la relation humaine, en psychanalyse il s’agit d’autre chose, il s’agira d’un « savoir y faire avec » de la part de celui qui vient à cette place du sujet-supposé-savoir.
Dans la cure freudienne, un savoir nouveau peut éclairer le patient et par conséquent le soulager. L’inconscient est un savoir et le psychanalyste va tenter, dans une relation transférentielle de permettre qu’une pensée propre au patient s’élabore par tout un travail de paroles, de prise de conscience, de remise en question. La recherche de la vérité du sujet restant son choix décisif animé par un vrai désir d’en sortir, sans que l’analyste use de suggestion ou qu’il cherche à rééduquer voire même à reformater le patient.
Dans l’analyse, il s’agira d’une visée causale, autrement dit, quel est le message inconscient à déchiffrer comme un rêve à partir du symptôme ? Là en l’occurrence la phobie, sachant que le symptôme est aussi la production d’une jouissance, (version pulsion de mort), ce que la névrose traumatique, la répétition et la réaction thérapeutique négative nous apprennent.
Nous trouvons aberrant que l’être humain puisse répéter le Mal, bien que l’histoire en fasse la démonstration régulièrement par les guerres, la barbarie. Cette compulsion de répétition du symptôme, Dostoïevski dans « les Nuits blanches » attribuait déjà à l’homme la préférence d’un grand malheur à un petit bonheur, comme il peut se cramponner à sa répétition symptomatique plutôt que de courir le risque d’une nouveauté.

Matisse_09D’où vient ce poids de jouissance du symptôme ?

Le sujet ne renonce pas complètement à la jouissance de l’objet maternel. Ce qui nous est mis en place par le sujet dans son enfance, ce que nous nommons le Réel. Nous savons que c’est cette perte qui lui permettrait un accès à la jouissance phallique sexuée. A travers les déboires du Petit Hans avec son fait-pipi, il ne renonce pas la castration, à vouloir perdre cet objet de jouissance prégénital. Entre ces deux positions, le sujet va se construire une figure imaginaire du père, un Père idéal pour lui, celui qui fermerait les yeux sur ces désirs infantiles. Goethe nous invite à ce savoir par son ouvrage le Roi des Aulnes. On peut donc passer du symptôme à la névrose si l’épreuve de castration n’est pas bien mise en place par le père et acceptée par la mère, pour elle et son enfant.

Matisse_10Une peur dévorante

Freud est pourtant ferme : « Les contenus d’angoisse, être mordu par le cheval et être dévoré par le loup sont le substitut déformé pour le contenu d’être castré par le père ». Ce substitut dicte néanmoins les modalités de la peur : soit de laisser dans la gueule de la bête castratrice un morceau de mon anatomie ! La peur matricielle de la phobie est que l’Autre ne « fasse qu’une bouchée » de moi. Mais la peur de « se faire boulotter » dissimule la crainte pire, de se « faire coïter » et castrer.
Lacan le confirme : « le thème de la dévoration est toujours trouvable, par quelque côté, dans la structure de la phobie ». Mais quel est l’ « agent dévorant » ? Pour Freud, c’est le père cannibale ; pour Lacan, « la béance qui s’ouvre devant lui, c’est celle d’être dévoré par la mère ». Mais ce avec quoi la mère peut dévorer, c’est, au-delà de la pulsion à « réintégrer son propre produit », la voracité de son manque à elle. A mère inassouvie, fils phobique : cet adage pourrait parodier celui, plus célèbre, qui a une sainte femme, assigne un fils pervers. Ce que Lacan décrit, c’est cette capture dans laquelle le petit Hans est pris, d’être candidat à cette fonction, séduisante et intenable, de phallus à l’usage de la mère, puis d’être débouté – puisque l’ayant présenté, il est renvoyé -, en sorte qu’il est réduit à une dangereuse vacance. (5)
Dans la phobie, la métaphore paternelle est bancale, le Nom du Père non opératoire, sinon il serait difficile de comprendre que l’angoisse phobique est une angoisse de castration.

Le discours social qui pousse à l’indifférenciation des places, la « mêmeté, à l’homoformalisme donne à la phobie de beaux jours devant-elle. Nous pourrions penser que la science et son application, le discours technoscientifique pourraient pallier au vice structural, il n’en est rien puisque sa tendance à suturer le Réel et forclore le sujet, ne fait qu’accentuer le désarroi du parlêtre, ce dernier ne pouvant plus trouver sa place au champ de l’Autre. Autrement dit, le manque du manque ne peut que faire surgir l’angoisse et un de ses corollaires, la phobie. Il semblerait qu’un « virage phobique » voire une « fréquence phobique » s’inscrit dans une demande croissante de nos patients.
Pour conclure avec une touche d’humour

La névrose phobique, également appelée hystérie d’angoisse par ce bon vieux Freudounet, du fait de sa parenté avec l’hystérie (la névrose phobique pas Freud), se caractérise par une peur incontrôlée d’un objet : huissier, guêpes, cognitiviste, grosse chatte noire… Cette phobie symboliserait inconsciemment une pulsion sexuelle, dont l’objet fuit représenterait au contraire un désir masqué. Ceci amène le sujet à des conduites d’évitement. Exemple : le crabe avec sa phobie de se retrouver face à face avec une ex pour qui il en pince encore… (6)

Chantal Cazzadori
Psychanalyste en libéral à Amiens
Conférence du 30/01/17
Salle De Wailly – Amiens
Membre de l’ Analyse Freudienne

voir

Que sais-je ? les Phobies de Paul Denis au Puf. p. 13 à 30

Leçons psychanalytiques sur les Phobies, poche psychanalyse chez Anthropos – p.13 -p.15 – p.17 – p.21 – p.22 – p.23 – p.27 -p.28 auteur : Paul Laurent Assoun

La phobie, une protection contre l’angoisse, Philippe Julien chez Cairn.

Jacques Lacan, la logique du fantasme, op.cit., p.346

Leçons psychanalytiques sur les phobies, poche psychanalyse chez Anthropos – p. 76 P.L.Assoun

Le petit Freud Illustré, Damien Aupetit & Jean-Jacques Ritz, Éditions de l’Opportun, p. 209

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